
Noël, Jour de sainte allégresse
Dans tous les temps, l’Église s’est plu à faire éclater, le jour de Noël, les hymnes de sa joie et les chants de son allégresse ; dans tous les temps, elle s’est plu à inviter ses enfants à se livrer à tous les transports de leurs cœurs.
« Notre-Seigneur est né aujourd’hui, mes bien-aimés, réjouissons-nous, » disait à tous les fidèles de son temps le pape saint Léon. « Oui, réjouissons-nous, ajoutait le vénérable pontife, il n’est pas permis de se laisser aller à la tristesse en ce jour où l’Auteur de la vie prend naissance pour nous. » — Et il ajoutait encore : « Personne n’est exclu de cette sainte allégresse. Tous ont droit d’y participer. »
Ne nous étonnons pas de cette joie surabondante de l’Église et de l’invitation qu’elle adresse à ses enfants pour la répandre dans leurs cœurs. La raison en est facile à comprendre. Si, dans un royaume, le jour de la naissance d’un jeune prince destiné à en devenir le fortuné monarque est marqué de réjouissances, n’est -il pas incomparablement plus juste que toute la terre se réjouisse à la naissance de l’Enfant divin, qui n’a paru dans le monde que pour lui procurer une éternelle félicité ?…
Fidèles à cette inspiration de leur mère, les anciens chrétiens célébraient la solennité de Noël avec toute l’expansion de la joie la plus vive (M. de Châteaubriand a remarqué avec raison que les hommes, quelque puissants qu’ils soient, ne peuvent répandre la joie dans les cours qui pleurent, tandis qu’ils peuvent faire couler des larmes des yeux de ceux qui se réjouissaient tout à l’heure… « C’est qu’il ne suffit pas de dire à ses semblables : Réjouissez-vous pour qu’ils se réjouissent, et que l’on ne crée pas des jours de plaisir comme des jours de deuil… » Seule, la religion qui sait consoler les douleurs, sécher les pleurs, purifier les consciences, donner de véritables espérances, a le droit de demander aux hommes de se réjouir ; et de fait, les âmes les plus désolées subissent l’influence de ses invitations, parce qu’elles n’ignorent pas que, quelque désespérée que semble être leur tristesse, la religion a le secret d’y mêler encore un peu de joie !). En ce jour-là, chacun semblait oublier ses affaires, ses soucis et ses chagrins : c’était un instant de bonheur, une fête de famille ; il n’y avait pas jusqu’au plus modeste foyer qui n’eût ses réjouissances.
Nous savons par les récits de nos pères comment parents et amis se réunissaient, dès la veille au soir du grand jour, attendant, autour du foyer, où pétillait la bûche de Noël, l’heure fortunée de l’office de la nuit.
Et cette réunion était l’objet de tous les désirs, la pensée de tous les cœurs. Ô nuit, répétait-on à l’avance,
Ô nuit ! dont on a vu les astres messagers
Prophétiser aux rois comme aux simples bergers
La naissance d’un Dieu, Rédempteur de la terre,
Viens de ce grand bienfait rappeler le mystère !
Que pour inaugurer ton retour solennel
On veille, on se rassemble au foyer paternel.
L’aïeule de la maison lisait dans la sainte Bible, d’une voix tremblante et affaiblie par l’âge, les pages où sont exprimés les désirs ardents que faisaient autrefois monter vers les cieux les anciens patriarches soupirant après le Messie : Ô cieux ! répandez votre rosée ; que les nuées fassent descendre le Juste, que la terre s’entr’ouvre et qu’elle germe le Sauveur !
Les enfants qui avaient obtenu de ne pas célébrer Noël dans LA CHAPELLE blanche (Ce n’était guère qu’à partir de dix ou onze ans que les enfants étaient admis à assister à la messe de minuit. — Tous ceux qui n’avaient point cet âge devaient donc se coucher, le 24 décembre comme tous les autres jours de l’année, malgré leurs prières et leurs supplications. Des draps et des rideaux bien blancs ornaient leurs lits ; et, de génération en génération, sans doute à cause de la blancheur des rideaux et des draps, on appelait ce soir-là le lit : chapelle blanche, et aller se coucher : célébrer Noël dans la chapelle blanche. Au sujet de la chapelle blanche, nous invitons nos lecteurs à lire soit dans le tome II de l’Ami des Enfants chrétiens, p. 57 et suivantes, soit dans la dernière édition de l’Obéissance enseignée aux Enfants, p. 153, un épisode intitulé : LA CHAPELLE BLANCHE, OU L’OBÉISSANCE RÉCOMPENSÉE), chantaient ensuite quelques couplets des cantiques les plus aimés qu’ils avaient tant de fois répétés, durant les longues soirées de l’Avent, ceux-ci, par exemple, qui expriment en peu de mots le bonheur de la naissance du Sauveur :
Ô Dieu de clémence !
Viens par ta présence
Combler nos désirs,
Apaiser nos soupirs.
Ou ces autres que les enfants répètent encore aujourd’hui dans les catéchismes :
Venez, divin Messie,
Sauvez nos jours infortunés ;
Venez, source de vie ; venez, venez, venez !
Ah ! descendez, hâtez vos pas,
Sauvez les hommes du trépas,
Secourez-nous, ne tardez pas :
…
Venez, source de vie ; venez, venez, venez !
Ou ces autres encore, qui semblent annoncer la venue toute prochaine du Sauveur :
Vous nous avez promis cent fois
Que nous verrions le Roi des rois !…
…
Déjà le ciel est plus serein !
…
Déjà les plus charmants concerts
Se font entendre dans les airs !…
Ô soleil de justice,
Par vos purs rayons éclairez
Notre affreux précipice.
Venez, venez, venez.
Les mères, tantôt unissaient leurs voix aux enfants, tantôt lisaient entre elles les récits des événements de la naissance du Sauveur, tels que les Évangélistes nous les ont laissés.
Les hommes, plus à l’écart, se laissaient aller à quelques amicales causeries : on s’apitoyait sur les calamités de son parent, de son ami, de son voisin ; on se promettait assistance, on se serrait la main, on échangeait une parole d’oubli si quelque inimitié avait voulu s’élever dans les cœurs…
Soirée délicieuse ! touchants épanchements ! comme tout cela préparait bien à cet acte solennel que chacun allait accomplir quelques heures après, en participant à la table eucharistique !
Et puis, l’on revenait, sur les deux heures du matin, reprendre sa place au foyer. La bûche brûlait encore… Pendant l’office, la table avait été dressée : on l’entourait, et, sous l’influence d’une douce gaité, commençait le charmant festin de la nuit de Noël que nos ancêtres appelaient si naïvement le Réveillon, et dont la tradition nous rapporte des légendes si pittoresques.
Âges fortunés ! heureux temps !
Aujourd’hui, à part quelques pays privilégiés du monde chrétien, presque partout les anciens souvenirs de la fête de Noël sont effacés, et le prêtre catholique serait bien plus en droit que saint Bernard de laisser échapper cette plainte que le saint docteur ne pouvait retenir en lui-même :
« Il m’arrive souvent de penser aux saintes ardeurs qui faisaient soupirer les Patriarches après la venue du Messie, et cette pensée me couvre de confusion et me remplit d’amertume. J’ai peine à retenir mes larmes, tant je suis pénétré de honte et de douleur à la vue de la tiédeur et de l’indifférence de ces temps malheureux ; car, à qui d’entre nous la réalisation du grand mystère de l’Incarnation apporte-t-il autant de satisfaction et de joie, que la promesse qui en avait été faite aux Saints de l’Ancien Testament leur inspirait de désirs ? Plusieurs, à la vérité, se réjouiront dans cette fête ; mais j’ai bien peur que ce soit moins pour la fête que pour quelque vanité de ce monde (Le réveillon est un des seuls souvenirs des fêtes de Noël d’autrefois, que beaucoup de chrétiens, oublieux d’ailleurs de toute pratique religieuse, aient conservé. Triste souvenir, si on le dépouille de ce qui en faisait autrefois le mérite et le charme, je veux dire les soupirs d’un cœur purifié, la messe de minuit et les saintes douceurs de la communion. Ces chrétiens me paraissent ressembler à un homme qui aurait laissé se dégrader et se détruire le portrait d’un ami chéri, et qui montrerait avec ostentation les débris du cadre doré qui entourait la peinture….. Il y en a d’autres qui appréhendent de veiller quelques heures pour assister à la messe de minuit : Ils craignent de se fatiguer en consacrant une nuit à Dieu, à la prière, à la piété… Hélas ! et ces mêmes chrétiens, peut-être, passent des nuits entières dans de frivoles amusements, et ils ne soupçonnent pas même qu’ils puissent se fatiguer !)
Outre les transports d’une joie ineffable, l’Église dans la solennité de Noël s’empresse d’offrir au Dieu enfant le tribut de ses profondes adorations, l’hommage d’une reconnaissance sans borne, la tendresse du plus affectueux amour : il suffit de lire les prières de sa liturgie en ce jour pour apprécier qu’elles sont l’expression la plus complète de ces trois sentiments.
Le jeune chrétien n’oubliera donc pas que si l’allégresse doit faire le caractère de sa dévotion en cette solennité, l’adoration, la reconnaissance et l’amour forment l’ensemble des devoirs qu’il offrira à l’Emmanuel dans son berceau.
Pourquoi ne s’unirait-il pas aux Anges qui entouraient le Sauveur naissant et formaient sa cour, pour lui rendre avec eux des adorations ? pourquoi ne laisserait-il pas échapper sa reconnaissance avec les bergers ? pourquoi ne demanderait-il pas à Marie et à Joseph d’échauffer son amour ?
(Extrait de Rome chrétienne racontée à la jeunesse, Les Fêtes de Noël à Rome)
Theara Truth News FRANCE
source : le Petit sacristain blog
