Dans une interview, le colonel américain à la retraite Douglas Macgregor met en garde contre une escalade imminente au Proche-Orient et analyse la situation actuelle dans le conflit ukrainien ainsi que les tensions autour du Venezuela. Il évoque les mouvements stratégiques de la Russie, des Etats-Unis et d’Israël ainsi que les implications géopolitiques de ces développements. Macgregor, considéré comme un expert des affaires militaires et politico-militaires, partage ses évaluations sur les champs de conflit mondiaux et critique l’orientation stratégique des États-Unis.
Présentateur : Colonel McGregor, merci d’être parmi nous. Nous avons beaucoup de guerres à discuter, alors laissez-moi entrer directement dans le vif du sujet. Je suis très inquiet pour le golfe Persique. Les Russes ont évacué leur ambassade à Tel Aviv et les Américains ont quitté très précipitamment deux de leurs bases militaires les plus menacées en Irak. La Russie semble avoir un aperçu des deux côtés, puisqu’elle a des relations avec Israël et une relation très étroite avec l’Iran. Ils semblent penser, tout comme le gouvernement américain, que les choses pourraient bientôt reprendre là-bas. Partagez-vous ce point de vue ?
Douglas Macgregor : Je m’attendais déjà à quelque chose pour septembre, octobre au plus tard, parce que le projet du « Grand Israël » n’a aucune chance de réussir, et je pense que M. Netanyahu le sait. Pour cela, ils doivent en fin de compte fragmenter et détruire l’Iran. Du point de vue israélien, la guerre doit donc se poursuivre. Quand exactement, je ne le sais pas. Je sais que beaucoup de matériel, comme des missiles antiaériens sophistiqués et des équipements, est livré à Israël. Nous aidons les Israéliens à se défendre, et ils ont des munitions illimitées et tout ce dont ils ont besoin de notre part. Les Russes travaillent en Iran pour réparer, restaurer et améliorer leur défense antiaérienne intégrée. Une guerre est donc inévitable, seul le moment exact n’est pas clair. Les évacuations d’Irak sont intéressantes, car je me souviens qu’en 2020, lorsque je travaillais pour lui, le président Trump était très désireux de nous retirer complètement de Syrie et d’Irak. Il a été entravé à l’époque. Le fait que cela se produise maintenant indique que quelque chose est en cours, mais personne ne sait exactement quand ni comment.
Présentateur : Venons-en à l’Ukraine, une guerre dont nous savons trop de choses. Il est de notoriété publique que Donald Trump n’a pas mis fin à la guerre en 24 heures ou 24 semaines. Il semble même avoir renforcé la guerre en encourageant l’UE – ou ce que j’appelle les « sept nains » – à fournir autant d’armes que possible à l’Ukraine, tant qu’elles sont achetées chez lui. Ces armes, y compris de nouveaux missiles de croisière, peuvent pénétrer profondément dans le cœur de la Russie. Trump a-t-il menti lorsqu’il a dit vouloir mettre fin à la guerre ou est-il tout simplement incapable de le faire ? Et si c’est le cas, pourquoi ?
Douglas Macgregor : Je pense que la deuxième réponse est la bonne. Après sa rencontre avec le président Poutine en Alaska, il a compris qu’il ne pouvait pas « réparer » l’Ukraine. Trump n’est pas un expert de l’histoire, de la culture, de l’économie ou de la géographie européennes et il n’a pas totalement compris la complexité de l’Ukraine. Il n’est pas certain qu’il le fasse maintenant. Il pensait pouvoir normaliser les relations avec la Russie, ce qu’il a tenté de faire en Arabie saoudite, mais cela n’a pas résolu le problème de l’Ukraine. Il a été empêché par des conseillers d’arrêter les livraisons d’armes, alors que je lui ai très tôt recommandé de faire exactement cela pour mettre fin à la guerre. Au lieu de cela, il essaie de plaire à tout le monde et reste assis sur la clôture. L’annonce de la livraison de milliers de missiles de croisière est une folie, d’autant plus que nous ne pouvons pas les produire assez rapidement. Les Russes le voient et se disent : « Nous n’avons plus le choix, nous devons arrêter la guerre ». Ils vont avancer dans le sud de l’Ukraine, occuper Odessa et éventuellement attaquer Kiev pour mettre fin au conflit une fois pour toutes. La position russe est claire : ils ne veulent pas refaire cette guerre à l’avenir.
Présentateur : Selon des documents qui ont fuité, l’Ukraine a perdu 1,7 million d’hommes – morts ou disparus – plus 250.000 déserteurs et 9 millions de réfugiés vivant dans d’autres pays. L’Ukraine n’est-elle pas de facto un Etat en faillite ?
Douglas Macgregor : L’Ukraine est détruite, grâce à Selenskyj et à ses soutiens à Washington et à Londres. La Pologne compte plusieurs millions de réfugiés ukrainiens, dont beaucoup demandent la nationalité polonaise. En Pologne et en Autriche, le rejet des réfugiés, non seulement des Ukrainiens, mais aussi des autres non-Européens, ne cesse de croître. Mes sources – polonaises, ukrainiennes et russes – confirment que les pertes s’élèvent à plus de 1,7 million. Il y a des fosses communes dans l’est de l’Ukraine qui sont passées sous silence afin d’éviter les versements aux familles. La corruption est telle que même les blessés doivent payer pour être évacués. Si Trump comprenait la réalité, il mettrait fin à l’aide et déclarerait le régime illégitime. Mais il refuse, tout comme il ne met pas fin à son soutien à Israël dans le conflit de Gaza. Aux Etats-Unis, nous sommes prisonniers d’intérêts – grands donateurs, forces politiques et industrielles – qui ne servent pas notre bien.
Présentateur : Vous avez parlé du Venezuela avec Larry Johnson. Trump a sept navires de guerre et, paraît-il, 4.000 marines au large du Venezuela. Qu’a-t-il l’intention de faire ?
Douglas Macgregor : Il s’agit plutôt de 4.000 marins et marines, pas d’une armée d’invasion. Maduro est diabolisé comme Saddam Hussein, et le schéma se répète. Le Venezuela possède d’énormes réserves de pétrole et de gaz ainsi que des mines d’or et d’émeraudes. C’est un grand pays de seulement 26 millions d’habitants, mais qui entretient des relations étroites avec la Russie, la Chine et l’Iran. Les États-Unis pourraient y intervenir, mais la Russie et la Chine ne soutiendront pas Maduro comme nous soutenons Selenskyj. Deux bombardiers russes ont récemment atterri au Venezuela, ce qui a été exagéré à Washington. La vraie menace pour nous, c’est le trafic de drogue et d’êtres humains, qui peuvent être combattus sans invasion. Nous devrions sécuriser nos frontières, mais nous ne le faisons pas.
Présentateur : Trump est-il un homme en bonne santé ?
Douglas Macgregor : Je ne suis pas médecin, mais Trump semble parfois cohérent, parfois non. Il agit de manière impulsive, sans stratégie à long terme. Les Etats-Unis n’ont pas de stratégie claire depuis la Seconde Guerre mondiale, que ce soit sur le plan industriel, économique ou militaire. Nous avons gaspillé de l’argent et des ressources et nous perdons en crédibilité. Sans stratégie, tout chemin mène quelque part, et Trump est influencé par des conseillers qui l’empêchent de suivre une ligne claire.
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