POUR COMMANDER : laurentglauzy1@gmail.com
Chaque partie de la nouvelle stratégie présumée de Trump en trois phases contre la Russie a ses inconvénients.
La dernière escalade de Trump contre la Russie a consisté à imposer de lourdes sanctions à ses deux plus grandes entreprises énergétiques, à annuler sa rencontre prévue avec Poutine et maintenant à déclarer qu’ils ne se rencontreraient plus, à moins qu’il ne s’agisse de conclure un accord sur l’Ukraine. Le Wall Street Journal (WSJ) a écrit ici sur les implications de son changement de cap et a laissé entendre qu’ils annonçaient une guerre d’usure par procuration plus intense des États-Unis contre la Russie. Le présent article examinera brièvement la forme que celle-ci pourrait prendre et la probabilité de son succès.
Le WSJ note que « la révolution des drones… signifie qu’aucune des deux parties ne fera probablement bientôt de progrès territoriaux majeurs », mais il ne dit pas que cela est également dû au soutien continu de l’OTAN à l’Ukraine, y compris l’achat par l’Alliance d’armes américaines à prix fort pour les y transférer selon le nouveau schéma de l’été dernier. Le maintien de cet équilibre de facto entre drones et forces conventionnelles, qui repose sur le soutien indispensable de l’OTAN à l’Ukraine, est donc la priorité absolue des États-Unis s’ils veulent éroder la force de la Russie avec le temps.
La deuxième partie de la nouvelle stratégie présumée de Trump en trois phases contre la Russie est l’application stricte du respect des récentes sanctions, en particulier lorsqu’il s’agit des partenaires indiens et chinois de la Russie, qui forment ensemble le noyau RIC des BRICS, afin de réduire considérablement les sources de revenus étrangers de la Russie. L’objectif est de préparer le terrain aux problèmes socio-économiques de la Russie tout en sapant progressivement son statut de grande puissance si l’Inde, la Chine et d’autres commencent à la tenir à distance pour éviter des droits de douane punitifs dévastateurs.
Enfin, la dernière partie vise à fomenter des troubles en Russie en aggravant probablement les problèmes socio-économiques susmentionnés par le soutien à de nouvelles attaques ukrainiennes à longue portée contre des raffineries de pétrole et d’autres infrastructures critiques, en pensant que la baisse rapide du niveau de vie dressera la population contre Poutine. L’idée est que la pression politique venant de la base compléterait les pressions économiques, politiques et militaires extérieures pour le forcer à geler le front sans aucune concession de la part de l’Ukraine.
Chaque partie de la nouvelle stratégie en trois phases de Trump contre la Russie a ses inconvénients. En commençant par le premier : le poids financier du maintien de l’équilibre des forces de facto dans cette guerre par procuration pèse sur l’Europe, dont certains États pourraient préférer réduire les dépenses en armes américaines pour l’Ukraine afin de reconstituer leurs propres stocks. Il y a également un intérêt croissant à donner la priorité au complexe militaro-industriel européen sur celui des Etats-Unis. On ne peut donc pas considérer comme acquis que les lignes de front tiendront indéfiniment.
En ce qui concerne la deuxième partie, on a expliqué ici pourquoi on ne s’attend pas à ce que l’Inde et la Chine cessent complètement d’importer de l’énergie russe, à savoir parce que la hausse des prix nuirait davantage à leur croissance économique que les droits de douane punitifs américains. Aucun des deux ne veut non plus abandonner la Russie et risquer que son rival renforce ses relations avec elle à ce qui pourrait alors être leur coût. Alors que les sources de revenus étrangères de la Russie pourraient diminuer, son trésor de guerre peut continuer à financer le conflit pendant au moins quelques années, ce qui retarde les effets des sanctions.
Après tout, le peuple russe est resté plus calme en des temps bien plus difficiles pendant la Seconde Guerre mondiale et après l’effondrement de l’Union soviétique que ce qu’il pourrait connaître en raison d’attaques ukrainiennes à grande échelle contre son infrastructure critique, et l’on ne s’attend donc pas à ce que des troubles graves se produisent. Les services de sécurité sont également assez forts pour faire face à tout ce qui pourrait se déployer dans tous les cas. Pour ces raisons, la guerre d’usure par procuration intensifiée des Etats-Unis contre la Russie ne sera probablement pas couronnée de succès, mais elle pourrait néanmoins causer quelques dégâts.
SOURCE : The US Plans To Wage An Intensified Proxy War Of Attrition Against Russia
