Quelques pistes de réflexion sur la Sainte Trinité

Quelques pistes de réflexion sur la Sainte Trinité

La conception Trinitaire de Dieu est une des principales caractéristiques du christianisme et est généralement mal comprise, y compris parfois par les chrétiens. Les adeptes de l’islam font hélas un gros blocage sur ce concept et accusent à tort les chrétiens d’être polythéistes. Ce court article tente de donner quelques arguments pour mieux comprendre ce dogme.
On reproche souvent à l’église d’avoir inventé ce dogme lors du Concile de Nicée tenu en 325. Il s’agirait d’une récupération de divinités et de mythes païens, d’un détournement du message du Christ pour faire de ce dernier le fils de Dieu et non plus un simple prophète. Ce dogme de la Trinité et donc de la divinité de Jésus ne remonte pourtant pas à 325, on en trouve des traces bien avant ce concile, notamment dans les écrits d’Ignace d’Antioche, d’Irénée de Lyon, de Clément d’Alexandrie, de Tertullien ou encore d’Origène (et bien entendu dans les évangiles). Il est tout à fait vrai que l’on trouve des formes de trinité dans de nombreuses religions païennes mais il faut voir les choses sous un angle différent. Il existe une tradition primordiale de l’humanité qui correspond à la révélation primitive. Cette dernière représente ce qu’Adam et Eve savaient de Dieu et qui s’est transmis de générations en générations avec diverses modifications et oublis. Ces trinités païennes sont certainement un écho de cette révélation primordiale, Adam et Eve savaient que Dieu était trinitaire. Ceci est la meilleure explication au fait que l’on trouve des formes de trinités partout à travers le monde, dans des cultures n’ayant pas forcément de rapports les unes avec les autres. De façon similaire, on trouve des récits sur le déluge dans de nombreuses traditions à travers le monde. On peut également citer le fameux mythe du fils de la veuve qui constitue une gnose et un récit opposé à la genèse et que l’on retrouve un peu partout et à toutes les époques.
Ce concept de Trinité est difficile à saisir, la grâce reçue au baptême permet de le comprendre mais la raison le permet également. Dieu est un être immatériel, infini et parfait mais que se passe-t-il si Dieu se pense lui-même ? Quelle est cette pensée qu’il aura de lui-même ? Cette pensée sera également immatérielle, infinie et parfaite, elle sera également Dieu. C’est ce que nous appelons le fils. Il existe une relation entre ce père et ce fils qui sont tous les deux infinis et parfaits. Cette relation est une relation d’amour qui est également infinie et parfaite puisque le père et le fils le sont. Elle est donc également divine, c’est ce que nous appelons le Saint Esprit. Le père engendre le fils puis le père et le fils, via leur relation d’amour réciproque, engendrent le Saint Esprit.
Par ailleurs, la Trinité permet d’induire une altérité, une différenciation en Dieu. La métaphysique chrétienne est un dualisme de l’être qui s’oppose au monisme de l’être. L’être de Dieu est différent de l’être du monde. Dieu a créé le monde à partir de rien et non à partir de son propre être. Sa providence permet à l’univers d’exister et il cesserait instantanément d’exister si Dieu le voulait mais son être est différent de l’être du monde. D’où provient cette différenciation entre Dieu et l’univers s’il n’y a pas de différenciation en Dieu ? Comment pourrait-il créer quelque chose qu’il ne possède pas en lui-même ? Par exemple, Dieu est éternel et a créé le temps mais l’éternité contient le temps. Comment la différence peut-elle apparaître à partir de l’indifférencié? Comment le plus pourrait-il apparaître à partir du moins ? La Trinité permet de justifier ce dualisme de l’être décrit dans la bible et en dehors de cette nature nécessairement trinitaire d’un Dieu transcendant, on est systématiquement dans un monisme de l’être.
L’islam est un monisme de l’être, cela représente le dogme central de cette croyance. Ce monisme se retrouve également dans la question du bien et du mal. Pour les chrétiens, le mal découle du péché originel et n’a été ni créé ni voulu par Dieu, ce qui rend cette religion incompatible avec la théorie de l’évolution. Selon les musulmans en revanche, dieu a tout créé, le bien et le mal, ce qui renvoie au monisme de l’être et rend cette métaphysique compatible avec la théorie de l’évolution. L’islam est obsédée par le monisme, l’associationnisme et donc la croyance en la Sainte Trinité représente le plus grand des péchés selon les adeptes de cette croyance.
Enfin, Dieu est un acte pur, il n’existe pas en tant que potentialité mais en tant qu’acte pur d’exister. L’acte de son existence est l’acte le plus parfait qui soit, or un acte est nécessairement composé de trois termes. Par exemple, dans l’acte du don il y a celui qui donne, celui qui reçoit et le don en lui-même. Cette simple idée justifie totalement le concept de Trinité.
Ces quelques pistes de réflexion permettront peut-être à certains d’y voir plus clair et présentent un intérêt certain, même si nous nous éloignons ici du thème de l’anti-évolutionnisme.
Leocatho.