Le « nudge », cette manière douce de convaincre les Français en période de crise.

C’est un concept de communication américain que les pouvoirs publics français utilisent depuis plusieurs mois : le « nudge », le « coup de pouce », une volonté non pas de contraindre mais d’inciter subtilement à suivre certaines recommandations. Nous avons dialogué avec l’un des architectes de cette technique en France.

« Restez chez vous »« Pas plus de 6 à table »« Faites-vous tester, vacciner »« Téléchargez l’appli TousAntiCovid »… Ces injonctions, nous les entendons presque tous les jours depuis des moi Mais, à elles seules, elles ne vous font pas changer de comportement. Et le gouvernement l’a vite compris.

Depuis un an, il fait appel à des experts en sciences comportementales qui utilisent le concept américain du « nudge », du coup de pouce, de l’incitation en bon français. Ou comment anticiper les réactions des gens, les biais qui les poussent à agir ou non. Et depuis, cette technique influence toute la communication du pouvoir.

« Première ligne » et autres concepts pour être entendu

L’hiver dernier, c’est Eric Singler, directeur général du groupe BVA et spécialiste de « nudge », qui a eu l’idée des « première, deuxième et troisième lignes » pour motiver, distinguer tous ceux qui devaient aller travailler malgré la peur du virus. Un concept qu’on a retrouvé jusque dans les discours d’Emmanuel Macron« Il fallait les nommer, pour que ces gens-là se reconnaissent », explique Eric Singler. « Qu’ils soient fiers d’appartenir à ces professions essentielles. »

Aujourd’hui, il planche sur la vaccination, ou comment persuader ceux qui hésitent encore. « Si vous voyez autour de vous des gens qui comptent pour vous, et qui se font vacciner, par exemple votre médecin personnel, c’est ce qu’on appelle l’effet de l’émetteur. » Un effet appliqué jeudi dernier par Olivier Véran, qui a fait intervenir une médecin généraliste juste après son propre discours.

La « norme sociale », un autre motivateur

« Après, il y a la notion norme sociale », précise Éric Singler. « Si des millions de citoyens dans le monde le font, comme nous sommes des êtres sociaux, ça devient la norme de le faire. » Un ressort utilisé pour le vaccin, mais pas seulement. Les publicités officielles pour « TousAntiCovid » évoquent ainsi le chiffre de « 10 millions » à avoir téléchargé l’application.

Certains voient dans le « nudge » une manipulation. Et Éric Singler avoue lui-même rejeter certains projets : « On ne le fait pas si on considère que c’est trop limitatif de la liberté, ou qu’il y a trop de débat sur le fait que quelque chose soit bénéfique ou non. […] Le nudge vise à encourager l’adoption d’un comportement qu’on considère comme bénéfique pour l’individu, la communauté, la planète. Mais cette intervention doit laisser totalement libre l’individu de son choix. » Pour ce qui est de la vaccination, il a choisi : il travaille en ce moment à la future campagne de pub du gouvernement.

France Inter : https://www.franceinter.fr/politique/le-nudge-cette-maniere-douce-de-convaincre-les-francais-en-periode-de-crise?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3hfvEtiFMrCQKfLRRcykiLL1PAJ1CHmgZ2fhVunKC-HtlGlNSs913h3dc#Echobox=1615184047