Bergoglio veut-il abolir Summorum Pontificum ?

Selon le blog Rorate Caeli, reprenant une information du bien informé « Messa In Latino », au cours d’une réunion close avec des membres de la CEI (Conférence des évêques italiens), François aurait déclaré être sur le point de réformer les dispositions du motu proprio Summorum Pontificum :

Il ne s’agit pour le moment que de fragments d’informations émanant de plusieurs sources au sein de la CEI, mais il semble qu’hier (24 Mai 2021), le pape, s’adressant aux évêques italiens durant l’ouverture de l’assemblée anuelle de la CEI, a annoncé la réforme imminente, et dans le sens le plus négatif, du motu proprio Summorum Pontificum.

D’après ce qu’il en ressort, il s’agirait d’un retour à l’indult, incluant une autorisation préalable de l’évêque [comme c’était le cas dans le motu proprio Ecclesia Dei], ou du Vatican, avec tout ce que cela implique, à savoir, une réintroduction de l’interdiction de célébrer selon le missel de Saint Jean XXIII, avec son lot de refus d’autorisations, et donc une ghetthoisation, en pratique, des prêtres et des fidèles attachès à l’ancien rite.

Certains commentaires du blog Rorate Caeli mettaient en doute la véracité de ces rumeurs. Cependant, les responsables de Rorate ont mis à jour leur article hier en soulignant que plusieurs de leurs sources à Rome ont bel et bien confirmé le fait que François avait un texte prêt pour enclencher la réforme de Summorum Pontificum. Toutefois, on ignore pour le moment la teneur exacte de ce texte et la nature des réformes prévus. S’agit-il simplement de « restreindre le questionnaire d’application » ou de révoquer complètement Summorum Pontificum et de mettre en place un autre système ? Rorate redoute en outre un texte volontairement ambigu, de telle sorte que les candidatures aux dispositifs de Summorum Pontificum par les prêtres Novus Ordo pourront être aisément rejetées.

Commentaire du Fide Post

Pour l’heure, nous ignorons tout de la teneur de cette hypothétique réforme et de la réalité de son application prochaine. Cela dit, nous ne serions pas surpris que toutes ces informations se confirment dans un futur proche.

En effet, dans un précédent article, nous avions analysé en profondeur l’enquête à charge de l’épiscopat moderniste de France contre les communautés indultistes. Comme on le sait, ces dernières rencontrent un succès incontestable auprès d’une large part des catholiques rattachés aux autorités modernistes, mais néanmoins soucieuses de la doctrine et du vrai rite traditionnel. Ceci à tel point que dans un pays comme la France, particulièrement ravagé par les effets néfastes de la révolution de Vatican 2, plus de 20% des ordinations sont réalisées au sein de congrégations ou de communautés pratiquant le « rite extraordinaire », autrement dit, la messe traditionnelle.

Ceci témoigne également d’un certain regain d’intérêt pour le catholicisme traditionnel (par opposition au néo-catholicisme moderniste mainstream) chez les jeunes générations (ainsi que chez les trentenaires et quadragénaires) depuis une dizaine d’années, aussi bien en France que dans d’autres pays occidentaux.

Ce succès s’est largement accru par les dispositions du motu proprio « Summorum Pontificum » de Benoit XVI, lequel a largement assoupli les dispositions plus restrictives du motu proprio « Ecclesia Dei » de Jean-Paul II. Comme nous l’avions noté dans notre analyse du rapport de la CEF, une grande majorité de la hiérarchie moderniste de France semble passablement agacée par ce succès, comme en témoignent les remarques très virulentes de l’enquête, qualifiant les indultistes de « catholiques en marge du diocèse », refusant de fait la messe Paul VI et rejetant plus ou moins ouvertement la pastorale conciliaire.

Cette enquête très défavorable fut envoyée à la Congrégation pour le Doctrine de la Foi, laquelle est désormais en charge des communautés traditionnalistes anciennement régies par le motu proprio de Jean-Paul II.

Ainsi, tous ces éléments nous faisaient déjà suspecter que François et ses affidés préparaient un plan pour s’occuper de ce « problème ». Certains, notamment dans les médias traditionnalistes américains, entretiennent l’idée que les pourparlers entre la FSSPX et la hiérarchie moderniste à Rome sous le règne de François auraient pour enjeu la mise en place d’une prélature spéciale et unique, sous laquelle toutes les congrégations et communautés indultistes seraient placées. Sans la rejeter entièrement, une telle hypothèse nous semble assez audacieuse, bien que Mgr. Fellay lui-même y ait fait allusion au cours d’une conférence en Australie en 2016.

Or, malgré ce qu’on a pu reprocher à la stratégie de « ralliement » de la FSSPX sous l’autorité de Mgr. Fellay, et bien que ce dernier ne soit plus le supérieur général de la Fraternité, celui-ci a encore affirmé ce mois-ci au cours d’un déplacement à Post Falls (USA) qu’il ne pouvait y avoir aucun accord tant que Vatican 2 et la messe Paul VI n’étaient pas révoqués.

Du reste, il nous semble que François serait bien mal avisé, d’un point de vue stratégique, de procéder à une réforme brutale et restrictive du motu proprio de Benoit XVI. En agissant ainsi, il provoquerait assurément la défiance grandissante d’une partie des indultistes, lesquels n’hésiteraient alors pas (au moins les fidèles) à se rendre à la FSSPX, à la CMRI ou à la SSPV (ou d’autres chapelles traditionnalistes, sédévacantistes ou indépendantes) pour leurs sacrements. Cela dit, en considérant la démonstration ouvertement pro-LGBT d’une grande partie du clergé moderniste en Allemagne ces derniers temps (démonstration suivie d’aucune condamnation ou déclaration publique à notre connaissance), le clergé indultistes pourrait lui aussi se sentir pousser des ailes et se rebeller contre les autorités modernistes.

Ceci à la différence près que les autorités modernistes veulent imposer la religion et le rite Novus Ordo dans leur église. Le clergé progressiste y a sa place, tandis que le clergé traditionnaliste ne l’a pas, à moins de contorsions et de compromissions terribles. Comme nous l’avions noté il y a quelques semaines, les catholiques traditionnalistes ralliés aux autorités modernistes n’ont pas l’avantage dans cette affaire : si le rite Paul VI est le rite universel de l’Eglise, pourquoi le refuser ? Pourquoi lui préférer le rite latin traditionnel ? Pourquoi critiquer ou déplorer l’œcuménisme et le dialogue interreligieux des autorités modernistes ? Pourquoi déplorer les prières en commun avec les représentants de fausses religions, puisque tout ceci découle directement du magistère de Vatican 2 ?

Il se peut que les prochains mouvements de François aient pour conséquence de réveiller certains de nos frères encore un peu trop endormis.

Cela dit, nous ne sommes pas de ceux qui prennent François pour un imbécile, bien au contraire. Il sait être fin stratège et il a clairement une idée derrière la tête.

Fide Post : https://fidepost.com/2021/05/28/francois-veut-abolir-summorum-pontificum/