Le XXIème Siècle sera RUSSE. Explications.

Dans la première partie de l’article, nous avons vu les défis (principalement endogènes) qui freineront le développement jusque là spectaculaire de la Chine : • Pourquoi le XXIe siècle ne sera pas chinois mais russe (1ère partie)

Dans le seconde partie, nous allons voir les arguments de la Russie pour devenir la puissance qui comptera le plus dans un monde multipolaire en complète recomposition. La Russie est appelée à devenir une grande puissance industrielle, alliant tous les éléments nécessaires : capital humain, énergie bon marché, matières premières, défense nationale dissuasive…

Renaissance démographique

Un gros problème de démographie issu de la Seconde Guerre mondiale (saignée de 27 millions de personnes, soit près de 20% de la population) et aggravé par les années Eltsine, c’est un solde négatif jusqu’à présent. Si l’on ramène le problème à la superficie gigantesque de la Russie, 146 millions, c’est très peu. Surtout si l’on pense aux défis posés par la convoitise de certains états dont nous tairons les noms.

Heureusement, les choses s’arrangent depuis 2010. L’espérance de vie qui était tombée à moins de 50 ans pour les hommes durant les années 90 se situe désormais autour de 68 ans pour les hommes et 78 ans pour les femmes. Le solde démographique sera positif dès 2030.

De plus, les politiques gouvernementales destinées à booster la natalité semblent porter leurs fruits. La population russe est composée en grande partie de jeunes, les femmes en âge de procréer seront en majorité nées durant les années Poutine et seront davantage disposées à faire des enfants à la différence de leurs grandes sœurs qui ont connu la descente aux enfers des années 90. La démographie à partir de 2030 sera un atout majeur pour un pays qui affiche de grandes ambitions en termes de développement et de bien-être de sa population.

Système éducatif très performant (en particulier dans les STEM)

Il ne suffit pas d’avoir des hommes et des femmes en grande quantité. Il faut que ce capital humain soit bien formé et compétitif par rapport aux autres pays. Sur ce plan, la Russie n’a pas de souci à se faire. Elle a hérité de l’URSS d’un système éducatif performant, axé sur des compétences en matière de science. La tendance n’a pas changé ! la Russie a l’un des systèmes éducatifs les plus avancés en matière de STEM (technologies). Cela lui permet de figurer en pointe des nouvelles technologies. Aujourd’hui, la Russie mène le monde et un très grand nombre de ces domaines de haute technologie. La Russie est définitivement dans le top 2 en termes de technologies spatiales, alors qu’en termes de propulsion elle est n°1. En termes d’énergie nucléaire, sa production et son application (brise-glaces nucléaires et centrales électriques flottantes sans parler de la médecine (pratiques chirurgicales allant des yeux aux organes internes) certains d’entre eux sont uniques. Il n’y a pas beaucoup de publicité là-dessus, mais la Russie se dirige tranquillement vers un leadership absolu en matière de technologie. Ce n’est pas Andrei Martyanov qui dira le contraire.

Énergie abondante et bon marché

Un autre domaine où la Russie dispose d’un avantage écrasant, c’est en matière d’énergie. Elle en dispose en quantités immenses et bon marché vu qu’elle n’a pas à les importer. Deuxième producteur mondial de pétrole et leader mondial en gaz, la Russie est le seul pays qui ait capacité à augmenter sa production quand les producteurs traditionnels ont atteint leur pic et voient leur production décroitre depuis quelques années. Disposer d’une énergie bon marché sera un avantage comparatif énorme entre les pays qui prétendent devenir ou rester des puissances industrielles au XXIe siècle. Cela nous permet d’introduire le prochain point : l’industrie.

Puissance industrielle

Contrairement au démantèlement de son complexe militaro-industriel qui suivit la dislocation de l’Union soviétique, et surtout contrairement à l’occident, la Russie réindustrialise. On ne parle pas de vulgaires tee-shirts ou gobelets en plastique. Mais d’industrie lourde, de pétrochimie, de matériaux composites… Et elle le fait à tour de bras, à un rythme effréné. De nombreux chantiers d’usines de toutes sortes sont en cours de réalisation, les fournisseurs de matériaux étant obligés de suivre la cadence. C’est également un sujet dont on parle peu en Occident, où on continue de voir la Russie comme un état station-service.

Un indice de cette tendance : le pays s’est classé comme le troisième chantier naval au monde. Sa production en sidérurgie ne fait que croître d’année en année pour talonner celle des USA.

Un autre indice très intéressant à observer, c’est la volonté du gouvernement d’exporter de plus en plus de produits (finis) pétroliers, faisant gagner au pays davantage dans la chaine de valeur et des dizaines de milliards USD supplémentaires.

La Russie est désormais autosuffisante en matériaux composites depuis quelques mois.

À cette allure, la Russie sera dans quelques années (horizon 2030) une « Corée du Sud européenne », produisant tout ce dont elle a besoin et fournissant aux autres pays des produits de haute technologie.

Le seul bémol à cette poussée industrielle concerne malgré tout un domaine stratégique : les puces électroniques où la Russie est encore très en retard sur des pays comme la Corée du Sud (Samsung) ou Taïwan (TSMC) car elle grave actuellement autour de 16 nm quand ces derniers gravent sur du 5 nm et travaillent déjà sur la gravure sur du 2 nm. Mais la Russie a montré qu’elle savait relever les défis et si cela devenait un enjeu crucial ou vital (menaces de sanctions), elle trouvera les moyens de combler son retard.

Première puissance militaire (garantie contre tout aventurisme occidental)

La Russie n’a jamais été aussi puissante de son histoire ! Une capacité à paralyser ses adversaires en les aveuglant, les rendant sourds, en désactivant leurs communications. On a aujourd’hui un pays capable de dominer les quatre dimensions de la guerre que sont la terre, la mer, le ciel et le cyberespace (dans lequel j’inclus le spatial) et gagner la guerre sans tirer un seul coup de feu (en supposant qu’elle ait affaire à des acteurs rationnels conscients de leur faiblesse, ce qui est loin d’être le cas).

Traditionnellement, la Russie représentait cet espace géographique que l’occident ne pouvait conquérir (ce n’est pas faute d’avoir essayé). Ensuite, elle devint une limite à la domination occidentale, capable de s’opposer militairement à leurs desseins (on l’a vu en Syrie et en Ukraine). Maintenant, la Russie (avec la Chine) est un gros morceau de caillou dans l’engrenage du nouvel ordre mondial !

Elle est détestée et haïe pour cela. Malheureusement ou heureusement c’est selon, elle ne peut être brutalisée.

Dans un premier temps les Russes ont achevé la recherche soviétique sur les aéronefs furtifs, les armes à haute vélocité (armes hypersoniques) et la propulsion nucléaire. De fait, tous les systèmes d’armes promus actuellement (khinzal, avanguard, zircon) sont des projets de l’ère soviétique qui ont été mis en œuvre. Les armes basées sur des principes révolutionnaires en physique sont secrètes (les missiles à propulsion nucléaire en sont un bon exemple).

La Russie d’aujourd’hui est sans contexte la première puissance militaire au monde, dominant le spectre électromagnétique et par la même occasion toutes les autres dimensions de la guerre.

Route (commerciale) maritime du futur

Un autre atout majeur de la Russie est la potentielle route maritime du nord (à condition qu’il y ait effectivement réchauffement climatique). Un itinéraire susceptible de se substituer au canal de Suez et faire gagner deux à trois semaines aux pays asiatiques (Chine en particulier) dans leur commerce avec l’Europe.

Elle construit pour cela des brise-glaces à propulsion nucléaire afin de maintenir cette route navigable toute l’année (contre six mois actuellement).

En tablant sur le fait que cette route devienne une réalité (si vraiment réchauffement climatique il y a), la Russie sera au cœur du commerce international de demain. Et surtout, ce commerce sera à l’abri du chantage naval des USA (avec leurs porte-avions obsolètes face à des armées modernes).

Conclusion

Au regard de ses nombreux atouts, en particulier sa capacité à annihiler toute agression militaire occidentale, la Russie apparait à notre avis comme le pays qui se développera, se renforcera et se consolidera le plus dans ce monde multipolaire où différentes puissances mondiales s’équilibreront. Toutefois, il existe des risques liés à la succession de Vladimir Poutine en 2024 et donc à la pérennité du système de la verticale du pouvoir qu’il a initié. De plus, la plus grande partie de la population étant jeune (n’ayant pas connu les années de disette sous Eltsine), elle sera plus perméable aux techniques de guerre hybride des USA… si les USA existent encore jusque là (horizon 2030)…

par Ben Fofana,  Observateur du réalignement géopolitique mondial.

Réseau International : https://reseauinternational.net/pourquoi-le-xxie-siecle-ne-sera-pas-chinois-mais-russe-2eme-partie/


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