Archives de Catégorie: Rivarol

Rivarol n°3312 du 10/01/2018

Editorial

Macron Ier règne sur le chaos et menace nos dernières libertés !

RIEN POUR L’HEURE ne semble atteindre le chef de l’Etat. Alors que huit mois après leur installation à l’Elysée, Nicolas Sarkozy et François Hollande connaissaient déjà l’impopularité, il n’en va pas de même pour Emmanuel Macron qui semble jouir actuellement d’une forte cote de confiance au point que, si des élections avaient lieu en ce moment, il serait sûrement réélu confortablement. Il est vrai que l’homme ne manque pas d’habileté, s’essayant à redonner du lustre à la fonction présidentielle, ne commettant pas l’erreur d’afficher trop ouvertement une certaine connivence avec les journalistes ni de se laisser aller avec eux à des confidences qui reviennent ensuite en boomerang, et contrairement à ses prédécesseurs immédiats, il bénéficie d’une conjoncture globalement plus favorable : la croissance redémarre, même si c’est de façon plutôt timide, le chômage tend enfin à reculer, même si la baisse reste modeste, et ses adversaires sont tous au fond du trou.

Le Parti socialiste qui vient de vendre son siège historique rue de Solferino est sans chef, sans boussole et sans programme, les Républicains, malgré l’élection à leur tête de Laurent Wauquiez, peinent à exister, le sémillant Macron séduisant une partie de leurs troupes, notamment leur clientèle aisée, tant il est vrai que le macronisme assure la jonction entre les bourgeoisies de gauche et les bourgeoisies de droite. Des électeurs ayant toujours voté pour la droite parlementaire nous avouaient ainsi récemment qu’ils étaient séduits par le style et les premiers pas du gendre idéal qu’est à leurs yeux Macron : il a fortement réduit le périmètre de l’ISF, veut alléger les charges sociales, fait davantage président que Sarkozy et Hollande, bref ces électeurs conservateurs, se disant clairement de droite, ont actuellement les yeux de Chimène pour le compagnon de Brigitte.

Mélenchon, quant à lui, ne parvient pas à progresser. Le Parti communiste, déjà très affaibli, ne peut non plus profiter de la situation, les Jeunesses communistes étant mises en causes pour des affaires de harcèlement sexuel, pendant de ce qui s’est passé dans le Mouvement des Jeunesses socialistes. Quant au Front national, il est parfaitement inaudible, criblé de dettes, décrédibilisé, et surtout sans capitaine pour donner la direction. Marine Le Pen a confirmé le 7 janvier dans l’Orne qu’elle voulait absolument changer l’appellation du parti lors du congrès de Lille les 10 et 11 mars car, affirme-t-elle sans rire, « le FN doit changer de nom pour être perçu comme un parti de gouvernement ». Vu le débat catastrophique du 3 mai et l’incompétence notoire qu’elle ne cesse de manifester, on ne voit pas comment un parti dirigé par elle, quels qu’en soient le nom, le logo et les statuts, pourrait apparaître aux yeux du grand public comme un mouvement apte à gouverner le pays.

C’EST DIRE que Macron semble avoir une autoroute devant lui pour mener à bien la politique qu’il entend mener, ou plutôt que les cénacles mondialistes lui demandent de conduire. Macron est populaire, du moins pour le moment, alors même qu’aucun des grands problèmes qui menacent le pays de mort et de faillite n’ont été réglés, n’ont même trouvé le moindre commencement de solution. Jamais autant de voitures n’ont été brûlées que lors de la Saint-Sylvestre (plus de mille !). Les forces de l’ordre sont plus que jamais agressées et violentées. Rappel de quelques faits qui sont très loin d’être exhaustifs : deux policiers ont été blessés à Argenteuil (Val-d’Oise) lors d’une intervention le jour de l’Epiphanie. Encore une fois, un simple contrôle a dégénéré : les forces de l’ordre sont intervenues en avisant une voiture en stationnement, dans laquelle se trouvaient trois personnes dont les noms n’ont pas été communiqués. Percevant une forte odeur de cannabis flottant dans l’automobile, la brigade de quatre policiers décide d’opérer une palpation sur les individus ; celle-ci permet de découvrir de nombreuses petites poches plastiques vides et une balance, ne laissant guère de doutes quant aux activités des délinquants. C’est à ce moment-là que l’intervention tourne mal. Les individus, scandalisés par les prétentions des policiers à circonscrire leur petit commerce, se rebellent avec violence. Un échange de coups suit, laissant deux policiers blessés. Une jeune gardienne de la paix se voit prescrire quarante-deux jours d’arrêt de travail, ayant entre autres une blessure très sérieuse à l’œil. L’un de ses collègues aura lui un arrêt de dix jours. C’est alors que des “jeunes” sortant les uns après les autres des alentours se regroupent, jusqu’à former un groupe de 30 à 40 personnes menaçantes, nous apprend-on. Cette technique d’encerclement est désormais usuelle chez les petites frappes. Les nombreux renforts envoyés rapidement sur place empêchent in extremis la situation de dégénérer. Quatre individus, dont les trois ayant tenté d’échapper au contrôle et un autre qui avait essayé de s’interposer, seront placés en garde à vue.

Ce fait divers fait suite au fameux lynchage du Nouvel An, dont les images diffusées en boucle sur les réseaux sociaux, en ont refroidi plus d’un : dans la nuit du réveillon en effet, deux policiers dont une femme ont été en effet roués de coups par des hordes de Subsahariens (on possède les images, aussi devient-il compliqué de suggérer une bande de blondinets excités) alors qu’ils tentaient de contenir une rixe à Champigny dans le Val-de-Marne. L’officier s’est vu prescrire huit jours d’ITT, sa collègue sept.

La succession quasi quotidienne d’agressions de policiers intrigue. Comment est-ce possible ? Il y a une explication double : d’abord les délinquants ne sont dans les faits pas punis et ressortent le jour même sous les vivats de leurs proches, et d’autre part les policiers ont l’interdiction de faire usage de leur arme, sauf après avoir essuyé une salve de tirs nourris. En quelque sorte, le policier ou le gendarme doit attendre d’être blessé ou tué avant de songer à sortir de manière règlementaire son revolver. Les syndicats de police ne cessent de protester à ce sujet, en vain, et le cancer de Collomb se contente de lamentations télévisées. A noter que dans de très nombreux pays la police est respectée précisément parce qu’elle n’est pas émasculée par des principes douteux favorables aux coupe-jarrets. La suite de cette double politique est connue : il y a dorénavant en France deux cent zones de non-droit répertoriées, où des bandes ethniques règnent en maîtres en terrorisant la population sans être jamais inquiétés.

MAIS SI le pouvoir est volontairement faible avec les vrais délinquants, il est impitoyable avec les honnêtes citoyens. Il persécute toujours plus les automobilistes, vaches à lait et souffre-douleur de l’Etat, l’exécutif envisageant de baisser la vitesse maximale autorisée hors agglomérations de 90 à 80 km/h, ce qui est grotesque. A ce rythme, il deviendra bientôt plus rapide de se déplacer en vélo ou en mobylette ! Et surtout Macron a annoncé, lors de ses vœux, une nouvelle loi liberticide dont nous parle Hannibal dans sa chronique et qui s’ajoute à un arsenal répressif déjà exorbitant (lois Pleven, Gayssot, Lellouche, Perben). Prétextant lutter contre les fausses nouvelles, Macron, homme-lige de l’oligarchie, entend graver dans le marbre des vérités officielles et faire taire toute dissidence véritable.

Les sanctions pourraient en effet être lourdes et rapides : « En cas de propagation d’une fausse nouvelle (mais qui va définir, et au nom de quelle autorité, de quelle infaillibilité, ce qu’est ou ce que n’est pas une fausse nouvelle ?), il sera possible de saisir le juge au travers d’une nouvelle action en référé qui permettra, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur, voire de bloquer l’accès au site Internet. Le CSA pourra lutter contre toute tentative de déstabilisation par les services contrôlés ou influencés par des États étrangers. » Ce qui pourra passer par « la suspension ou l’annulation de leurs conventions avec le régulateur ». Derrière son sourire d’homme affable et courtois, affectant de dialoguer poliment avec ses contradicteurs et de les respecter profondément, Macron est un tueur. Le tueur de la liberté et des vérités dissidentes. A quand un Ministère de la Vérité, ou Miniver, comme dans le prémonitoire 1984 de George Orwell ?

Jérôme BOURBON

Rivarol n°3311 du 27/12/2017 au 09/01/2018

Editorial

Leur République interdit les crèches de Noël !​

CHAQUE JOUR QUI PASSE leur système cosmopolite montre davantage son vrai visage. Le maire de Béziers Robert Ménard avait installé une crèche dans sa mairie. Le tribunal administratif de Montpellier a enjoint le 18 décembre à l’édile de retirer sous 48 heures la crèche et il a également prononcé une astreinte de 2000 euros par jour de retard. Le juge a rappelé que « l’installation d’une crèche à titre temporaire à l’initiative d’une personne publique dans un emplacement public n’est légalement possible que lorsqu’elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, sans exprimer la reconnaissance d’un culte ou marquer une préférence religieuse ». Mais qui va déterminer, et selon quels critères, s’il s’agit d’une initiative de nature culturelle, festive ou religieuse ? Le juge des référés, censé se prononcer sur l’urgence, rend un jugement de fond sur la crèche, en décidant arbitrairement que « l’installation dont il s’agit ne présente pas de caractères artistiques particuliers, n’étant composée que de santons ordinaires. » Comme l’écrit ironiquement dans un communiqué Robert Ménard « on apprend que le juge des référés est désormais compétent pour juger de l’aspect culturel — ou non — d’une manifestation dans le cadre des animations de Noël. »

Le maire de Béziers a essayé de trouver la parade en déplaçant la crèche de la mairie pour l’installer dans un autre bâtiment municipal. Mais la décision du juge des référés est lourde de conséquences. Le plus significatif peut-être dans cette affaire, c’est que ce jugement a été pris à la suite d’une plainte du préfet de l’Hérault qui a saisi le tribunal administratif de Montpellier selon un procédure d’urgence. Ce ne sont donc pas des groupes mahométans ou ouvertement laïcistes qui ont demandé cette fois le démontage et le retrait de la crèche, c’est l’Etat français, la République française. Comme l’écrit Robert Ménard dans le communiqué déjà cité et intitulé « pour la première fois en France, l’Etat expulse la crèche d’une mairie », « Il ne s’agit pas là de quelques associations “laïcardes” bien décidées à faire la peau à nos santons, comme ce fut le cas en 2014 et en 2016. Non, cette fois c’est bien l’Etat qui, seul, via son représentant dans l’Hérault, fait retirer la crèche. C’est une “première”, dont la portée symbolique — et historique — n’a pas fini de nous abasourdir. » C’est l’Etat, à son plus haut niveau, qui décrète l’interdiction des crèches dans les lieux publics. C’est la plus haute juridiction administrative, le Conseil d’Etat, celui-là même qui avait interdit en 2014 de manière arbitraire les spectacles de Dieudonné comme troublant l’ordre public, celui qui avait affirmé en 1989 la supériorité du droit européen sur le droit national (arrêt Nicolo), qui, une fois de plus, prend une décision scélérate. En effet, le 9 novembre 2016, cette juridiction avait proscrit dans un arrêt les crèches dans les bâtiments publics, sauf circonstances particulières extrêmement restrictives.

ON LE VOIT avec cet exemple emblématique, nous vivons dans un pays occupé. Occupé par des lobbies, des hommes, des organisations qui sont étrangers à l’âme de la France historique, qui renient chaque jour les promesses du baptême de notre patrie, qui promeuvent le faux, le laid, le mal. Leur laïcité est en réalité, et depuis l’origine, une machine de guerre contre l’âme de la France, contre sa religion historique, contre la foi de ses aïeux qui a imprégné si profondément nos territoires, nos paysages, nos terroirs, nos traditions, notre calendrier, notre vocabulaire, et il y a encore quelques décennies, avant l’apostasie universelle, jusqu’à nos modes de vie et de pensée. La “laïcité” est souvent présentée comme l’application du principe de neutralité de l’État à l’égard des différentes confessions, toutes mises sur le même pied (égalité et nivellement obligent), ce qui est déjà un principe philosophique en soi condamnable. Mais en réalité, il ne s’agit même pas de cela. En fait, la prétendue “laïcité” n’est que la couverture d’un athéisme fanatique qui est en soi une contre-religion à part entière, elle n’est donc qu’un instrument, une arme, dans le cadre d’une guerre ouverte mais qui avance masquée, et surtout qui refuse d’être désignée comme telle sous couvert d’égalitarisme républicain ! C’est pourquoi il est inconséquent de combattre l’Islam dans notre pays au nom de la laïcité car on ne peut lutter contre une religion conquérante avec une arme qui précisément nous détruit et nous avilit depuis de deux siècles, nous coupe de nos racines, de notre passé, de notre héritage, de notre lignée et qui agit sur nous comme un gaz incapacitant.

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui de plus en plus d’églises sont détruites ou transformées en cinéma, en office de tourisme, en maison particulière, en hall public, en hôtel, et demain sans doute, en mosquées ou en supermarchés. La journaliste Caroline Fourest, très active dans le lobby LGBT, préconisait ainsi de transformer les églises en centre commercial. C’est d’ailleurs le lieu où se réunit désormais une grande partie des consommateurs le dimanche (quand les magasins sont ouverts, ce qui est de plus en plus fréquent). Autrefois on se réunissait sur la place de l’église, au centre du village, et on se retrouvait tous à la sortie de la messe, ceux qui avaient assisté à l’office et ceux qui étaient allés au café en face, mais tous participaient à la vie villageoise. Aujourd’hui c’est le centre commercial anonyme ou le stade qui est le lieu de vie et au bout de la chaîne c’est le cancéropôle, l’oncopôle, ce qui va parfaitement ensemble car la nourriture industrielle vendue dans les hypermarchés ne peut produire que des effets désastreux.

Certes, dès lors que les églises se vident, il est logique qu’elles finissent par disparaître. Ce qui n’apparaît plus utile dans une société, à un moment donné, finit par s’écrouler. Mais si les églises se vident, c’est non seulement parce que nous vivons dans une société matérialiste et hédoniste où Dieu apparaît facultatif voire superfétatoire pour le plus grand nombre, mais c’est aussi parce que, depuis Vatican II, le culte qui y est encore, ici et là, pratiqué, n’a plus rien de sacré, plus rien qui élève l’âme, plus rien qui relie l’homme à Dieu, le Ciel et la Terre. On y dispense dans des sermons généralement très médiocres (n’est pas Bossuet qui veut !) un humanitarisme horizontal, un droit de l’hommisme compassionnel qui ne fait que paraphraser sottement ce que l’on enseigne déjà à longueur de journée à l’école, dans les media, dans les variétés, au cinéma. Si c’est pour entendre à l’église paroissiale les discours et les accents dont on est déjà abreuvé en permanence partout ailleurs, il n’est pas étonnant que les gens ne s’y déplacent plus.

NOUS vivons un désert spirituel dont nous ne mesurons sans doute pas l’étendue et la profondeur et dont les conséquences sont et seront incommensurables pour les familles, pour les nations, pour la concorde en société, pour le bien commun. Il est de bon ton de répéter que les croyances religieuses sont fauteuses de troubles, de violence, de haine et de crimes. Et on se plaît à énumérer les massacres qui, dans l’histoire, auraient été commis au nom de Dieu. En omettant de préciser que le plus souvent, dans ce genre de tragédies, il s’agissait en réalité de considérations essentiellement politiques qui avançaient masquées derrière d’apparentes revendications religieuses. En revanche, on ne s’interroge jamais sur l’étendue des crimes, des persécutions, des violences, des injustices commis au nom du refus de Dieu, au nom de sa radicale négation. Et pourtant n’est-ce pas le communisme athée qui, aux quatre coins du globe, a fait, et de loin, le plus de victimes au XXe siècle ? Depuis la Révolution française n’est-ce pas, au nom du refus de la religion, que l’on a massacré des innocents, de la Vendée aux carmélites de Compiègne, que l’on a tué des prêtres et des religieuses, que l’on a, au mépris de toute justice, de toute humanité, crocheté des couvents, des églises, supprimé des congrégations, conduit à l’exil tant de prêtres et de religieux et organisé l’un des plus grands vols de l’histoire en se saisissant, tant sous la Révolution que durant la IIIe République, des biens de l’Eglise, du clergé, de toutes les églises paroissiales construites avant 1905 ?

Il n’est pas sans danger pour l’homme, pour la société, pour la concorde sociale, pour la vie en commun d’éliminer totalement Dieu du domaine public. Car la foi doit pouvoir se vivre, non seulement dans sa conscience, dans son foyer, dans sa famille mais doit aussi pouvoir s’exprimer en public. Dans le culte, dans les processions et pèlerinages. Dans les églises et les chapelles, au moyen de statues et de calvaires, de chemins de Croix et de crucifix. Elle doit pouvoir s’exprimer et se vivre dans les écoles et les tribunaux, dans l’administration et jusque dans les hôpitaux.

Si l’on supprime les crèches des dernières mairies qui souhaitaient les installer, plus souvent, il faut l’avouer, par folklore et respect de traditions locales encore populaires qu’au nom d’une foi ardente, c’est qu’on a déjà retiré toute trace de religion et de divin des autres lieux publics, c’est que l’on a conduit jusqu’à son terme, jusqu’à son sommet, l’apostasie publique d’une nation.

FAUT-IL que ce Divin Enfant, bien que tout petit, muet et sans défense, gêne considérablement les puissants de ce monde pour qu’on décide ainsi de le cacher, de le faire disparaître, toutes affaires cessantes, des lieux publics avec un fanatisme impressionnant ? Et en effet la simple vue de cet Enfant, de sa sainte Mère et de son père adoptif, l’humble charpentier maniant la varlope et le rabot, est insupportable à ceux qui ont en main les leviers de commande de ce pays. Car la Sainte Famille représente par excellence tout ce qu’ils combattent, tout ce qu’ils haïssent.

La pureté et l’innocence alors qu’ils promeuvent toutes les perversions, toutes les déviances, de la Gay Pride officiellement parrainée chaque année pour la Saint-Jean par le chef de l’Etat, le maire de Paris et le conseil régional d’Ile-de-France au “mariage” gay en passant par ces réalités sordides cachées derrière les affreux acronymes Pacs, PMA et GPA et par la diffusion chaque jour plus massive, à la télévision et sur la Toile, de la pornographie.

La pauvreté et la simplicité alors qu’ils ne pensent qu’à s’enrichir toujours davantage au détriment des plus modestes, au détriment de la nature, de la tempérance et du bon sens.

La paix, le silence et la discrétion alors que notre monde ne vit que de bruit, de fureur médiatique, de cris et d’hurlements et qu’il est une conspiration permanente contre toute forme de vie intérieure, contre toute aspiration à la méditation et à la contemplation. Il faut toujours qu’il y ait du bruit, une musique assommante dans les magasins, dans les restaurants, dans les transports et jusque dans les rues.

L’intransigeance sur les principes alors qu’ils n’ont aucune colonne vertébrale et que leurs seules valeurs sont mobilières.

L’amour de la vérité et de la sincérité alors qu’ils sont faux et fourbes, que mentir pour eux est une deuxième nature, et qu’ils ne cessent de tromper, de leurrer, de manipuler, de fourvoyer par le trucage des chiffres, des statistiques, de l’histoire, de la mémoire, par les promesses non tenues, les engagements violés sans vergogne, les trahisons tant des idées qu’ils sont censées avoir pour se faire élire que des hommes qui les ont aidés à faire carrière.

LE CHRISTIANISME est par excellence la religion et la civilisation de l’Incarnation car il adore le Verbe incarné, le Dieu qui s’est fait homme. Or le monde moderne est au contraire celui de la désincarnation et d’une contre-incarnation. Il est le monde du virtuel et non plus celui du réel, de l’anonymat des réseaux sociaux et non de la chaleur d’un foyer aimant. Le monde de l’émotion instantanée qui fait pleurer les masses sur les infortunes de stars du petit écran mais qui ne s’occupe pas au quotidien de l’aïeule, de la tante, de l’enfant ou du voisin qui aurait tant besoin de présence et de chaleur humaine. Bernanos le disait déjà : « l’homme moderne a le cœur dur mais la tripe sensible ». Notre univers est celui du strass et des paillettes et non celui des humbles vertus domestiques, du martyre quotidien du devoir d’état, de l’effort inlassable, du dévouement discret au sein de la famille. Il est le monde de l’immédiateté et de l’évanescence, le monde où l’on peut gagner des millions en un instant dans un jeu télévisé stupide, où l’on peut changer du jour au lendemain, sans aucun problème, de sexe, de convictions, de religion, d’organisation, d’« orientation sexuelle », où l’on peut sans cesse se réinventer, se transformer, refaire sa vie (comme si l’on avait ici-bas plusieurs vies !). Il est le monde de l’apparence et du divertissement, du frelaté, du faisandé et de l’avarié face à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est le monde où l’on est sans cesse relié à son téléphone portable, à son GPS, à son ordinateur et à son lecteur MP3 (voire MP4 !) mais où l’on n’est plus relié en profondeur ni à la terre, ni à la nature, ni aux autres, ni à Dieu.

QUANT À NOUS, ayons à cœur la défense de cette tradition toute simple, chassons de nos foyers l’hideux Père Noël importé par les soldats américains en même temps que leur Coca-Cola. La lumière n’est pas faite pour être mise sus le boisseau. Puissions-nous la faire rayonner autour de nous. La diffusion du bien, du beau, du vrai est possible, si nous nous gardons de la contagion du monde et si nous conservons au cœur une invincible espérance.

Joyeuses et saintes fêtes de Noël à tous !

Jérôme BOURBON.

Rivarol n°3310 du 20/12/2017

Editorial

Coalition ÖVP-FPÖ en Autriche : Vers une nouvelle désillusion ?

DIX-SEPT ANS après une précédente expérience désastreuse, l’Autriche se dote à nouveau d’un gouvernement de coalition entre les chrétiens-démocrates de l’ÖVP et les populistes du FPÖ. Si la première tentative avait suscité une levée de boucliers dans les chancelleries européennes au point que le pays avait été temporairement en quarantaine au sein de l’Union européenne et avait subi des sanctions, on n’assiste à rien de tel aujourd’hui. Alors que le nouveau gouvernement autrichien prêtait serment le lundi 18 décembre à Vienne, quelques milliers de personnes seulement battaient le pavé en signe de protestation, rassemblées derrière des banderoles proclamant « les Nazis dehors » ou « Mort au fascisme ». Les dépêches le reconnaissent ouvertement : « Les partenaires de l’Autriche, rassérénés par le cap pro-européen que s’est engagé à maintenir l’exécutif, ne semblent pas bouleversés par l’événement. » À partir du moment où l’on reste dans le cadre de l’Union européenne, que l’on en respecte les règles, les mots d’ordre, les tabous et la philosophie, l’on est agréé. On a droit au tampon du politiquement correct. Le commissaire européen Pierre Moscovici reconnaît lui-même que « la situation est sans doute différente par rapport au précédent de l’an 2000 », même s’il ajoute, en guise d’avertissement « la présence de l’extrême droite au pouvoir n’est jamais anodine ! »

L’époque est au rajeunissement du personnel politique puisque, après l’accession à la présidence de la République le 7 mai dernier d’Emmanuel Macron à 39 ans, le conservateur Sebastian Kurz devient chancelier d’Autriche et le plus jeune dirigeant du monde, huit mois après avoir pris les commandes du parti chrétien-démocrate (ÖVP) qu’il a conduit à la victoire lors des législatives d’octobre en adoptant, comme Wauquiez en France, un discours populiste et anti-immigrationniste qui a contenu la poussée des populistes du FPÖ. Mais comme Wauquiez qui a été ministre des Affaires européennes sous Sarkozy, le juvénile Sebastian Kurz n’est pas un novice en politique puisqu’il était ministre des Affaires étrangères du précédent gouvernement de coalition entre les sociaux-démocrates du SPÖ et les chrétiens-démocrates de l’ÖVP. Comme Wauquiez qui a fait sa carrière auprès du très européiste Jacques Barrot, Sébastian Kurz est un sectateur de l’Union européenne qui a déjà obtenu de ses partenaires populistes que la question de la sortie de l’Autriche de l’UE ne soit pas posée.

LE CHEF de l’État, Alexander Van der Bellen, un écologiste de gauche, a investi le 18 décembre le nouveau gouvernement de treize ministres, avec six postes-clés occupés par la formation populiste (FPÖ), en fixant des lignes rouges, ce qui est logique pour un immigrationniste convaincu. Il a notamment appelé la coalition de Sebastian Kurz à « respecter l’histoire autrichienne […] ses pages positives comme ses pages sombres », autrement dit à maintenir la législation anti-révisionniste draconienne qui punit de dix ans de prison ferme la contestation ou la minimisation de la Shoah. C’est la législation la plus répressive au monde dans ce domaine, et on peut être sûr que la coalition FPÖ-ÖVP ne touchera pas à cette loi liberticide, soucieuse de donner des gages comme l’avait déjà fait le premier gouvernement Schüssel-FPÖ en 2000 qui en avait rajouté dans l’anti-nazisme primaire plus d’un demi-siècle après son écrasement.

Le président autrichien, en conformité avec son idéologie gauchiste et cosmopolite, a exhorté le nouveau gouvernement à « respecter les droits des minorités et ceux qui pensent différemment ». Ce qui est une façon de couper l’herbe sous le pied de la nouvelle équipe dirigeante en voulant la contraindre à accepter des migrants et à renoncer à toute politique d’arrêt de l’immigration. Notons d’ailleurs à cet égard que les différents partis populistes européens acceptent dans les faits l’invasion de leurs pays, s’y résignent puisque dans leur programme il n’est plus jamais question de réémigration, d’inversion des flux migratoires, de retour au pays, ce qui n’était pas le cas il y a quelques décennies. Plus la submersion grossit, plus la volonté d’inverser le courant des flux migratoires et de redevenir maîtres chez soi faiblit, ce qui est un signe des temps particulièrement préoccupant. Rappelons-nous des affiches présidentielles de Jean-Marie Le Pen en 1995 où était promis le retour au pays de trois millions d’immigrés sur le septennat. Le poids électoral des immigrés naturalisés est tel aujourd’hui qu’aucun mouvement populiste n’ose proposer une politique de réémigration. Ils ne sont même pas partisans aujourd’hui d’une immigration zéro mais seulement d’une limitation des entrées, d’une instauration de quotas, même restrictifs. Même le RPR à Villepinte en 1990 était plus exigeant dans son discours officiel, promettant l’immigration zéro. En une trentaine d’années, on mesure à quel point on a reculé. Faut-il que les convictions soient faibles et la puissance de feu des media et des lobbies très forte pour que l’on obtienne si facilement le renoncement de tant de chefs populistes ? Imagine-t-on Charles Martel négocier avec les envahisseurs, en accepter même une partie sur le sol national ?

QUE PEUT-ON attendre du nouveau gouvernement autrichien ? Le FPÖ, arrivé troisième des élections, décroche trois ministères régaliens — Intérieur, Défense, Affaires étrangères — et un portefeuille de vice-chancelier pour son chef, Heinz-Christian Strache, 48 ans. Ce n’est toutefois pas une garantie puisque le FPÖ avait déjà obtenu la moitié des postes de ministres en 2000 dans le gouvernement dirigé alors par Wolfgang Schüssel. Le parti était sorti exsangue de cette expérience catastrophique qui avait débouché sur une scission, Haider, le chef historique du FPÖ, créant alors son propre parti, encore plus modéré.

Les autres partis populistes européens, aussi tièdes, faisandés et cashérisés que le FPÖ, ont salué cette coalition. « Il ne reste qu’à applaudir le fait qu’une fois de plus, en Autriche aujourd’hui, un parti membre de notre groupe au Parlement européen soit pris au sérieux au point d’avoir sa chance au sein du gouvernement », s’est réjoui Geert Wilders, le chef du Parti néerlandais pour la liberté, connu pour son sionisme intempestif et ses positions libertaires sur le plan moral. Marine Le Pen n’a pas fait non plus dans la demi-mesure, saluant un « événement véritablement historique ». Selon elle, « d’autres suivront, car dans un certain nombre de pays la résistance à l’Union européenne s’organise ». Où voit-elle dans ce gouvernement qui a déclaré sa flamme européiste dès son intronisation et qui s’est engagé à ne jamais organiser un référendum sur la sortie de l’UE, une quelconque résistance à l’Union européenne ? « Je pense, a ajouté la présidente du FN, que les élections européennes peuvent apporter un véritable bouleversement de la donne politique en Europe et même permettre à ceux qui s’opposent à l’Union européenne et qui sont des défenseurs de l’Europe des nations et des libertés d’être majoritaires dans le cadre de la future assemblée ». Ce ne sont là que des billevesées. Non seulement parce que le Parlement européen n’a qu’un pouvoir très limité, bien moindre que celui des commissaires bruxellois, mais aussi parce que tous ces partis populistes ont entériné le principe de l’appartenance à l’Union européenne. Comme ils ont accepté quasiment tous les mots d’ordre et les tabous du Système cosmopolite oppresseur et destructeur.

PENDANT QUE l’Autriche se dote d’une nouvelle coalition, la France reste macronisée. Le président de la République, qui remonte dans les enquêtes d’opinion, ne manque pas d’habileté. Ayant été plus de deux ans secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, il a pu beaucoup apprendre, se rendre compte notamment des failles, des limites et des erreurs du chef de l’Etat de l’époque et en tirer les leçons. Macron n’est ni le président normal que voulait être Hollande, ni le président bling-bling qu’était Sarkozy. Comme ses prédécesseurs il poursuit et amplifie la révolution mondialiste, promeut l’inversion des valeurs, la modernité décadente et destructrice des identités mais il le fait très habilement, fort intelligemment, sans avoir l’air d’y toucher, en redonnant un certain lustre à la fonction, en brossant les auditoires dans le sens du poil, en jouant de son physique de jeune premier et de gendre idéal, en se montrant souriant et détendu, en allant à la rencontre de ses contradicteurs, en réconciliant les bourgeoisies de droite et de gauche avec la quasi-suppression de l’ISF, en nommant Jean-Pierre Blanquer à l’Education nationale qui a pris un décret pour interdire l’écriture inclusive à l’école. Il brouille les repères entre la droite et la gauche parlementaires au point que tous les partis sont affaiblis et déboussolés, du PS au FN, et que certains électeurs ayant toujours voté à droite ont avoué être séduits par l’homme, son style, et certaines de ses premières décisions.

Et pourtant Macron est par excellence l’homme-lige du système cosmopolite. Il n’est que de voir son récent discours à la Sorbonne faisant l’apologie de l’Union européenne et d’une souveraineté européenne qui défait, déconstruit la nation française. Il est l’homme qui autorisera toutes les transgressions morales (n’oublions pas que l’un de ses plus actifs soutiens fut Pierre Bergé), le gouvernement s’apprête à ouvrir la PMA aux lesbiennes, et nul doute qu’il légalisera, d’une manière ou d’une autre, l’euthanasie dont Jacques Attali, le mentor de Macron, est depuis toujours un ardent défenseur. De plus, Macron poursuivra la politique immigrationniste de ses prédécesseurs. Et la police de la pensée se renforcera encore sous la présidence de ce sémillant quadragénaire. Dernier exemple en date, la brutale disparition des pages Facebook d’Egalité et Réconciliation et d’Alain Soral, mesure dont la LICRA s’est publiquement félicitée sur son site Twitter. Sous Macron Ier il ne fait pas bon être judéocritique et dénoncer haut et fort « l’influence puissante et nocive » d’un certain lobby. Si les partis politiques ont été tourneboulés par la victoire de Macron, qui a trop longtemps été sous-estimé (il ne faut jamais mépriser un adversaire, c’est une grave erreur, ce fut celle de Marine Le Pen dans son pathétique débat le 3 mai dernier), le Système cosmopolite, lui, est plus puissant que jamais sous cette présidence.

RIVAROL

Rivarol n°3309 du 13/12/2017

Editorial

Le triomphe des fausses valeurs et des imposteurs

Les gazettes, les radios et les télévisions en ont vraiment fait des tonnes à propos de la mort à vingt-quatre heures d’intervalle de Jean d’Ormesson le 5 décembre et de Johnny Halliday le jour de la Saint Nicolas. Editions spéciales, hors-série, soirées exceptionnelles, l’on n’a reculé devant aucune démesure, aucun dithyrambe, aucun excès. Drucker y est allé de sa larme à l’œil à la fin de son émission en forme de panégyrique, et place de la Madeleine, le jour des obsèques où, contrairement à ce qu’ont dit les media, il n’y eut pas de messe mais seulement une cérémonie d’hommage, l’on a pu voir une banderole avec pour inscription « Johnny notre Dieu », signe manifeste d’une impressionnante idolâtrie et parallèlement témoignage de la profonde et totale déchristianisation de la quasi-totalité des Français.

Autrefois on honorait les saints, les héros, les martyrs dont la vie exemplaire, les vertus exceptionnelles et les hauts faits étaient un modèle à même d’enthousiasmer les intelligences, d’enflammer les âmes, d’embraser les cœurs. L’on contait les exploits du chevalier Bayard sans peur et sans reproche, l’on relatait par le menu la destinée extraordinaire de sainte Jeanne d’Arc, l’on évoquait avec fougue la mémoire des quarante rois qui ont fait la France, l’on vénérait tous les saints patrons de notre patrie, de saint Martin dont la chape, dans les temps anciens, trônait en tête des armées, à saint Louis, qui rendait la justice sous son chêne, fit construire la Sainte Chapelle et partit en croisade pour délivrer le tombeau du Christ. On évoquait saint Roch et son chien, saint François parlant avec ses amis les oiseaux, sainte Jeanne d’Arc conversant avec saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. On célébrait avec faste chaque 28 janvier la saint Charlemagne pour rendre hommage à ce grand empereur. On donnait en exemple à l’école, dans la famille la vie et les œuvres des personnages illustres et des grands hommes.

Aujourd’hui, puisqu’on honore plus ni les rois ni les saints ni les martyrs, puisque l’on n’a plus d’idéal spirituel et national, puisqu’il n’y a plus ni convictions ni certitudes ni foi ni colonne vertébrale, il ne reste que la société du spectacle et de l’argent-roi. Le monde moderne repose sur le vide et sur le règne de Mammon, c’est pourquoi l’on divinise des milliardaires dégénérés, des sportifs dopés, des saltimbanques cocaïnomanes, américanisés et multidivorcés, des écrivains habitués du petit écran qui ne font qu’enfoncer des portes ouvertes, des carpettes infatuées d’elles-mêmes qui cochent méticuleusement toutes les cases du conformisme et de la bien-pensance. Ce monde ne propose au public que des héros fatigués, des marchandises avariées, des personnages frelatés, des individus faisandés. Les hommes, il est vrai, ont les héros et les chefs qu’ils méritent.

Dans ce déluge d’hommages, l’information est passée quasiment inaperçue, mais au moment même où la France pleurait son Johnny, qui adopta deux enfants non européens, se maria cinq fois, refusa toujours de chanter aux BBR alors qu’il se rendait régulièrement à la Fête de l’Huma et participa activement cinq ans durant à l’américanisation du pays et à la révolution des goûts musicaux, Laurent Wauquiez était triomphalement élu à la présidence des Républicains. Ce qui n’est pas un événement politique totalement anodin, même s’il était attendu. Le 10 décembre, l’homme de 42 ans a en effet obtenu 74,64 % des voix, devant la filloniste Florence Portelli (16,11 % des voix) et le juppéiste Maël de Calan (9,25 %). Alors que les dirigeants du parti craignaient une participation famélique, entre 50 000 et 80 000 votants, 99 597 militants se sont officiellement exprimés sur les 234 556 adhérents à jour de cotisation, soit 42,46 % de participation. « Ce soir, c’est le début d’une nouvelle ère pour la droite », s’est félicité l’heureux élu selon lequel « la droite est de retour », formule qui était d’ailleurs son slogan de campagne. « Il faut reconstruire la droite », a également déclaré le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Désormais à la tête d’un camp dont tous les anciens chefs sont tombés à la primaire puis à la présidentielle, Wauquiez avait vu un boulevard s’ouvrir devant lui avant l’été, ses principaux concurrents (Valérie Pécresse et Xavier Bertrand) ayant renoncé à l’affronter, sachant qu’ils n’avaient aucune chance de le battre.

Cette victoire est objectivement une très mauvaise nouvelle, une de plus,  pour Marine Le Pen tant Wauquiez, reproduisant la stratégie de Sarkozy en 2007, a choisi de droitiser son discours. Au cours d’une campagne active où il a sillonné toute la France (plus de 70 déplacements contre 11 seulement pour la présidente du FN jusqu’au congrès de Lille en mars 2018 !), Wauquiez a choisi de séduire l’électorat le plus droitier en utilisant les codes, les formules, les thèmes susceptibles de le faire tomber dans son escarcelle. Se voulant le héraut d’une « droite qui ne s’excuse pas d’être de droite », le sémillant quadragénaire a évoqué la question de l’immigration, a loué « une majorité silencieuse » méprisée par le pouvoir en place et a appelé à un référendum sur un nouveau traité européen permettant de retrouver la maîtrise des flux migratoires. Il s’agit là évidemment de promesses démagogiques qui ne seront jamais tenues mais cette stratégie de séduction de l’électorat frontiste peut à nouveau fonctionner, dix ans après, compte tenu du discrédit personnel et politique de Marine Le Pen.

La benjamine de Jean-Marie Le Pen, en plus des problèmes financiers, des offensives judiciaires, du désarroi voire du départ de nombreux cadres et militants continue contre tout bon sens la guerre contre son père. Le 11 décembre la cour d’appel de Versailles (qui rendra son arrêt le 9 février 2018), a ainsi réexaminé, à la demande du Front national, la question de la présidence d’honneur et de l’exclusion du fondateur du mouvement. L’avocat choisi par Marine Le Pen, Me Georges Sauveur, qui fut le défenseur du MRAP, n’a pas fait dans la dentelle pour attaquer le Menhir. « Quand on a été condamné (pour l’affaire du “détail”), que l’on est repris de justice, l’honneur eût été de rester taisant », a accusé Me Sauveur, qui a assimilé Jean-Marie Le Pen à un “clown” et à « Christophe Rocancourt, dépeint comme l’escroc des stars ». Marine Le Pen choisit pour plaider contre son père un avocat d’extrême gauche qui traite le fondateur du FN d’“escroc”, de “clown” et de « repris de justice ».

On admirera une nouvelle fois l’élégance, la piété filiale et la force des convictions politiques de l’actuelle présidente du Front national. Me Frédéric Joachim, le brillant et talentueux avocat de Jean-Marie Le Pen, n’eut aucun mal à stigmatiser ce « déballage d’insanités ».  « Comme il y a des Etats voyous, il y a des partis voyous, et le FN est devenu un parti voyou » a dénoncé Me Joachim. La raison ? « Un parti qui se fait justice lui-même, qui fait fi des décisions qui ont été rendues par la justice », argue l’avocat. Puisque la justice a validé la présidence d’honneur du FN à Jean-Marie Le Pen, qu’à quatre reprises (sur quatre !), Thémis lui a donné raison, le Menhir devrait jouir de tous les droits liés à cette présidence d’honneur, notamment la participation aux bureaux politiques du FN. « Nous n’avons jamais été convoqués à la moindre réunion. C’est par la presse que nous apprenons qu’il y a un bureau politique qui se tient en ce moment même, et auquel Jean-Marie Le Pen n’a pas été convoqué », a ajouté Me Frédéric Joachim qui a dénoncé « un règlement de comptes et un assassinat politique ».

Pendant que les plaidoiries avaient lieu, un bureau politique élargi du FN se tenait à Nanterre avec pour ordre du jour la modification des statuts du FN et la suppression définitive de la présidence d’honneur lors du congrès de Lille les 10 et 11 mars prochains. Marine Le Pen veut non seulement enterrer son père mais la parricide quinquagénaire veut elle-même planter les clous dans le cercueil de son géniteur. Décidément Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre !

RIVAROL.

Rivarol n°3308 du 6/12/2017

Editorial

Changement du mode de scrutin des européennes : cynisme de Macron, cimetière pour le Front !

PLUS LE TEMPS PASSE, plus on se rend compte que, malgré son jeune âge, Emmanuel Macron est loin d’être dénué d’habileté politique. On a toujours tort de sous-estimer un adversaire. Conscient que les élections intermédiaires sont toujours difficiles pour le pouvoir en place, le chef de l’Etat a décidé de changer le mode de scrutin des européennes qui auront lieu en mai 2019 et de revenir à un scrutin reposant sur des listes nationales (comme ce fut le cas de 1979 à 1999 inclusivement) et non plus sur des listes régionales (système qui a prévalu de 2004 à 2014). Il avait pour ce faire un prétexte tout trouvé : la réforme des régions qui a eu lieu en 2015 avec treize régions métropolitaines (au lieu de vingt-deux) rendait encore plus absurde et illisible la division de la France en huit grandes régions aux européennes. Mais il ne s’agit là que d’une argutie. La vraie raison est ailleurs : le mouvement En Marche n’étant pas implanté localement (ses résultats aux dernières sénatoriales fin septembre ont d’ailleurs été plus que médiocres), l’Exécutif a tout intérêt à mettre en place une seule circonscription nationale avec une seule tête d’affiche (au lieu de huit dans des circonscriptions régionales), ce qui favorise les chefs de partis et les états-majors parisiens. Lorsque les élections européennes étaient constituées de listes nationales élues à la proportionnelle intégrale, tous les chefs de parti dirigeaient la liste présentée par leur mouvement. Ainsi lors des premières européennes en juin 1979, Chirac, président du RPR, Marchais, secrétaire général du PCF et Mitterrand, premier secrétaire du PS, occupaient la première place.

Macron entend présenter une liste pro-européiste réunissant la République en Marche, le Modem mais aussi une partie des Républicains et des socialistes favorables à l’Union européenne. Le président de la République peut déjà compter a priori sur le soutien du maire LR de Bordeaux, Alain Juppé, qui a déclaré dans le quotidien Sud-Ouest : « La question est de savoir qui prendra le leadership (de la liste). Mais si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne, je ne vois pas d’incompatibilité. » Macron a compris qu’une liste purement En marche aurait du mal à décoller. C’est pourquoi il entend mettre en œuvre un conglomérat européiste et centriste réunissant des personnalités issues de différents partis, ce qui est aussi pour lui une façon de poursuivre son entreprise de démolition et d’atomisation de la droite et de la gauche dites de gouvernement. A l’exception des Républicains, tous les partis se sont montrés favorables au changement annoncé du mode de scrutin et qui devrait être entériné sans grande difficulté par le Parlement au début de l’année 2018.

ASSEZ CURIEUSEMENT, alors que le Front national a toujours été favorable au principe de listes nationales, sa présidente a fait savoir, dix-huit mois avant l’échéance, qu’elle ne conduirait pas la liste de son parti  aux européennes de 2019. Officiellement parce qu’elle est élue à l’Assemblée nationale depuis juin dernier et qu’elle « mène en première ligne le combat pour la défense des Français dans cet hémicycle-là ». Mais dans la mesure où le FN n’a pas réussi à constituer un groupe au Palais-Bourbon, il est inaudible et on ne voit donc pas en quoi la présence à l’Assemblée nationale de sa présidente était indispensable. Au contraire, alors que quasiment tous les chefs de partis vont être tête de liste aux prochaines européennes, de Dupont-Aignan à Philippot — qui a confirmé que ses Patriotes seraient présents lors de ce scrutin qui constituera le premier test électoral pour ce nouveau mouvement —, probablement de Wauquiez à Asselineau, on comprend a priori assez mal qu’une dirigeante de parti passe son tour.

Cette décision de Marine Le Pen ne peut s’expliquer que si on constate qu’elle ne s’est toujours pas remise de la présidentielle, de son débat calamiteux, qu’elle est très affaiblie psychologiquement et politiquement et qu’elle a conscience d’avoir tout à perdre à diriger une liste dont le score, selon toute vraisemblance, sera à des années-lumière des 25 % obtenus aux européennes de 2014 quand le FN était arrivé largement en tête de tous les partis et avait fait élire 24 députés — dont près d’un tiers aujourd’hui n’est d’ailleurs plus au Front ! Quand on voit que le FN n’a obtenu dimanche soir que 3,28 % aux élections territoriales sur l’île de Beauté, étant éliminé dès le premier tour et n’étant donc plus du tout représenté dans l’assemblée de Corse, là où il obtenait près de 11 % aux régionales de 2015 et 28 % à la présidentielle de 2017, on peut imaginer que sa présidente ne nourrit guère d’illusions sur un bon score de son parti aux prochaines européennes. Si des élections nationales avaient lieu actuellement, il est quasiment certain que le FN obtiendrait moins de 10 % des suffrages exprimés, la démobilisation et le découragement dans ses rangs étant impressionnants et affectant même une partie de son noyau dur et de sa base militante.

DE PLUS, et cela accroît encore la difficulté, le discours du FN sur l’Europe, ses institutions, sa monnaie, est aujourd’hui totalement illisible. On ne sait plus désormais si Marine Le Pen veut rester dans l’Union européenne ou en sortir, garder l’euro ou revenir au franc, maintenir le drapeau européiste ou le jeter aux orties. Nicolas Bay, chargé des affaires européennes, a été loin de clarifier le débat en déclarant le 1er décembre : « Le but c’est de retrouver une monnaie qui serve l’économie et de retrouver une souveraineté monétaire. Il y a différents moyens d’y parvenir. A la fois en gardant l’euro et peut-être aussi en en sortant. » Cela fait écho à la réponse déconcertante de Marine Le Pen à Léa Salamé dans L’Emission politique sur France 2, la journaliste lui demandant si le FN inscrivait toujours dans son programme l’abandon de la monnaie unique et s’entendant répondre : « On va voir ». Ce n’est certes pas avec de tels propos que l’on peut mobiliser un électorat. Comment peut-on convaincre des gens de militer et de voter pour soi si l’on n’a pas de ligne politique, de convictions, de colonne vertébrale, d’épaisseur doctrinale et que l’on donne le sentiment de ne pas savoir soi-même où l’on habite, ce que l’on pense, ce qu’il faut faire ?

Peut-être Marine le Pen craint-elle aussi les débats télévisés avec son ancien numéro deux et mentor Philippot qui possède une bien meilleure maîtrise technique de ces sujets et qui, au moins sur la question européenne, a des convictions claires, assumées et bien plus radicales que celles du FN aujourd’hui : sortie de l’euro et mise en œuvre du Frexit. Des confrontations médiatiques avec de bons connaisseurs des questions et mécanismes européens comme Asselineau et Philippot pourraient être dévastatrices pour Marine Le Pen qui préfère donc renoncer. Et ce d’autant plus qu’elle est mise en examen pour abus de confiance et complicité d’abus de confiance, Thémis la suspectant d’avoir employé, elle et ses proches, des salariés rémunérés par le Parlement européen, lequel réclame au FN dans ce ténébreux dossier le remboursement de cinq millions d’euros.

CEPENDANT, cette désertion du combat, annoncée qui plus est si longtemps à l’avance, est un aveu de faiblesse et donne un très mauvais signal aux troupes militantes et à un électorat frontiste en déshérence. Marine Le Pen semble vraiment à l’agonie. Son père a connu lui aussi, en son temps, des déboires électoraux. Mais, contrairement à elle, il n’avait jamais été humilié et ridiculisé dans un débat télévisé et il avait de la ressource. Ses convictions, sa culture, son humour, son intuition, sa fine connaissance de la vie politique lui ont toujours permis de rebondir, même après les pires déconvenues. Sa benjamine manque, quant à elle, cruellement de densité humaine, politique et culturelle. Elle a seulement hérité d’un patronyme et d’un parti clé en mains mais n’a rien prouvé par elle-même, sinon sa totale incompétence, son insupportable vulgarité, sa propension aux purges et aux exclusions de toutes sortes et sa volonté de transformer ce mouvement en un vaste lupanar pédérastique et en grotesque fan club d’une mégère sans cœur, sans principe et sans honneur. Sa seule ambition est désormais de tenir les rênes de ce parti jusqu’à la retraite car cela lui permet, sans travailler, sans briller et sans se fatiguer, de gagner en un an, pour elle, son concubin et ses petits copains, ce que la plupart des Français mettent toute une vie à amasser au prix d’un dur labeur. Et qu’importe si, pendant ce temps, le Grand Remplacement avance et la France se meurt chaque jour davantage !

RIVAROL.

Rivarol n°3307 du 29/11/2017

Tags antisémites à Marseille : cette fois encore c’était bidon !

QUAND un policier ne se suicide pas (voir dans ce numéro l’article de François-Xavier Rochette sur la recrudescence des suicides de policiers et de gendarmes), il est pour les pouvoirs publics un suspect en puissance. Le 23 novembre, un policier a ainsi été condamné à six mois de prison ferme pour avoir simplement giflé un migrant qui le menaçait. Les faits se sont déroulés à l’été 2016, dans un centre de rétention près de Calais. Un agent de la police aux frontières assurait l’escorte de ce migrant jusqu›en salle de jugement du centre de rétention administrative de Coquelles. Juste avant le passage devant le juge des libertés et de la détention, il lui a été reproché d’avoir giflé le migrant, sous les yeux d’une greffière qui a ensuite témoigné contre lui. « C’était un geste malheureux de protection, il n’a pas voulu gifler » a assuré Antoine Deguines, l’avocat du policier. Cette personne était assez agitée, elle se relevait tout le temps, il a craint un coup de tête et a allongé le bras qui est allé sur le visage de la personne. » Le policier quadragénaire s’est également vu interdit de détention d’arme pendant cinq ans, et interdit de fonction publique pendant deux ans avec sursis.

Ce jugement ahurissant, en tous points conforme aux réquisitions du Parquet, montre que nous vivons vraiment dans un pays d’aliénés. Un immigré clandestin, qui par définition n’a aucun doit à rester en France et qui est donc un délinquant (il est dans l’illégalité) est davantage défendu, protégé, considéré qu’un policier assermenté. Et le plus piquant peut-être dans cette affaire, c’est que l’agent de police est dénoncé par la greffière alors qu’il escorte au tribunal un délinquant ! Cet épisode apparemment anecdotique en dit long sur l’état de décrépitude des institutions, des mœurs et des consciences au plus haut niveau de l’Etat, et singulièrement dans la magistrature. Il faut dire que les juges sont formatés et déformés pendant leurs études à l’Ecole nationale de la magistrature, très politiquement correcte et gauchisante et par l’extrême et scandaleuse syndicalisation de la profession. On ne dit pas assez qu’un tiers au moins des magistrats sont affiliés au Syndicat national de la magistrature qui se situe résolument à la gauche du Parti socialiste et qui présentait naguère en une de sa revue un policier dessiné sous les traits d’un cochon, preuve de la grande estime que portent ces juges rouges aux forces de l’ordre. Lorsque l’on tombe dans leurs mains, on sait que l’on ne va pas en sortir indemne, puisqu’ils appliquent sans remords la guillotine sèche !

LA MALFAISANCE et la nocivité des lobbies s’additionnent. Lorsqu’il n’est pas question du gentil migrant forcément victime et agressé par un méchant policier de souche, c’est le juif, forcément innocent et lui aussi victime, sur lequel se penche avec tendresse le media obèse. Pour avoir publié un tweet jugé antisémite (mais qui ne l’était pas) et qui représentait Emmanuel Macron avec au bras un brassard sur lequel le symbole dollar remplace la croix gammée avec derrière le chef de l’Etat trois membres de la communauté juive (Patrick Drahi, Jacob Rothschild et Jacques Attali) sur fond de drapeaux américain et israélien, le socialiste Gérard Filoche, membre du PS depuis 23 ans et représentant de son aile gauche, a été exclu toutes affaires cessantes. Le coordinateur du PS, Rachid Temal, a justifié cette exclusion : « La famille socialiste a été durement marquée par ce tweet antisémite. Nous touchons à l’essentiel même de nos valeurs, parmi lesquelles les valeurs de la République, l’humanisme, le combat contre le racisme et l’antisémitisme. Il n’est pas possible qu’un dirigeant du Parti socialiste puisse tweeter ce tweet qui reprend les codes antisémites des années 30. Ce soir le PS a pris la seule décision qu’appelait ce tweet. » Bien que Filoche ait immédiatement supprimé son tweet et qu’il ait fait repentance, on lui a coupé la tête sans hésitation. On le voit, on ne badine pas avec un certain sujet sulfureux. Le PS est vraiment le caniche du CRIF, à l’instar de tous les partis politiques français ayant pignon sur rue.

Et quand on ne procède pas par exclusions, par anathèmes, on pousse des hurlements et on multiplie les glapissements. L’autre jour c’était l’horreur à Marseille. Non seulement Dieudonné y faisait un tabac sur scène, mais les devantures de la ville étaient recouvertes de grands tags de couleurs variées où l’on lisait invariablement le mot “Juif”. Valls n’a évidemment pas tardé à désigner le coupable de ces ignominies : Dieudonné. Dénonçant « des inscriptions antisémites », le Crif Marseille-Provence avait annoncé porter plainte. Patatras : devant l’ampleur prise par l’affaire, le tagueur s’est dénoncé à la police. C’est un membre de la communauté juive qui a déclaré avoir réalisé ces tags, paraît-il sans aucun objectif politique. En attendant, après l’auto-mutilation d’un rabbin marseillais qui accusait des musulmans de l’avoir poignardé, et plusieurs affaires du même acabit, on est en droit de se poser la question de la santé mentale de certains membres de la confrérie de la souffrance éternelle.

DEPUIS QUELQUES années, voire plusieurs décennies, se sont en effet multipliées des affaires aussitôt présentées par la presse écrite et audiovisuelle, par les milieux politiques, les gouvernements successifs, les présidents de la République qui se sont succédé et les représentants officiels des différentes religions comme une abominable résurgence de l’antisémitisme. Or, à chaque fois, sans la moindre exception, l’enquête policière a prouvé, et en général assez rapidement, que les divers incendies et agressions criminels n’étaient ni de près ni de loin liés à une quelconque haine des juifs. Il s’agissait soit de déséquilibrés qui, dans notre société déstructurée, sont hélas de plus en plus nombreux, soit d’individus avides de faire parler d’eux dans les grands media, soit carrément de juifs eux-mêmes désireux de susciter une intense émotion populaire en se faisant passer pour des victimes de la Bête immonde.

Rappel de quelques faits : en janvier 2003 le rabbin Gabriel Farhi prétend avoir été blessé d’un coup de couteau dans sa synagogue et indique que son agresseur lui a crié : « Allahou Akbar ». L’enquête prouvera que le couteau de cuisine venait directement de la synagogue et qu’il s’agit d’une automutilation. Quelques mois plus tard, Alex Moïse, le porte-parole du Likoud en France, qui a été en pointe dans la campagne anti-Dieudonné, menaçant de faire sauter les théâtres où l’humoriste devait se produire, affirme recevoir sur son téléphone portable des appels anonymes avec menaces de mort et insultes antisémites. Là encore, les policiers qui ne s’en laissent pas conter — ils sont habitués aux affabulateurs ! — s’aperçoivent très vite que c’est Alex Moïse lui-même qui s’envoyait ces messages haineux. Le mythomane (et/ou provocateur) a d’ailleurs été condamné le 4 mai 2004 par le tribunal correctionnel de Paris à une (faible) amende et à deux mois de prison assortis du sursis. En décembre 2003, l’école Marzaka Thora de Gagny en région parisienne prend feu. Les media s’enflamment, le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, sans attendre le résultat de l’enquête, connaît le mobile du crime : l’antisémitisme bien sûr. Et sur-le-champ le chef du gouvernement crée un Comité interministériel de lutte contre l’antisémitisme. Quelques semaines passent et Le Figaro puis L’Express laissent clairement entendre qu’il s’agirait d’une escroquerie à l’assurance. Les responsables loubavitch de l’établissement sont en effet perclus de dettesc l’incendie est providentiel.

Mais c’est sans aucun doute l’affaire du RER D en juillet 2004 qui suscite la plus folle effervescence. Le président de la République de l’époque, l’inénarrable Jacques Chirac, dénonce aussitôt « un acte inqualifiable » de concert avec son ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin. Pourtant, dès le départ, les enquêteurs ont des doutes très sérieux sur la véracité du témoignage de Marie Leblanc, une jeune femme qui prétend avoir été déshabillée par un groupe de Beurs et de Blacks qui l’ont prise pour une juive (ce qu’elle n’est pas) parce qu’elle habitait le XVIe arrondissement, avant que ces derniers ne lui dessinent des croix gammées sur le ventre, et tout cela sans qu’aucun voyageur ne réagisse alors même que la scène aurait duré une quinzaine de minutes. Or non seulement aucun témoin ne confirme sa version des faits mais encore la donzelle est connue pour être mythomane. Nicole Guedj, secrétaire d’Etat aux droits des victimes, fait encore plus fort en rencontrant la prétendue victime, en lui téléphonant et en accordant crédit à une histoire inventée de toutes pièces.

Naturellement, une fois la supercherie rendue publique, elle ne songera pas à démissionner du gouvernement ni les autorités politiques à présenter des excuses. Au contraire… Jacques Chirac, lors de son intervention télévisuelle le 14-Juillet 2004, refuse d’esquisser toute forme de mea culpa. Il est, semble-t-il, des repentances plus faciles à faire que d’autres ! Quant au député libéral Claude Goasguen, qui avait profité de l’émotion suscitée par le témoignage de Marie Leblanc pour justifier la politique de répression d’Ariel Sharon dans les territoires occupés, il s’est lui aussi bien gardé par la suite d’infirmer ou d’atténuer ses propos.

CES BOULETTES successives de la part des media et surtout de nos dirigeants politiques allaient-elles enfin cesser ? La prudence serait-elle désormais de mise ? Point du tout, à en juger par l’affaire du centre social juif de la rue Popincourt dans le XIe arrondissement, incendié dans la nuit du 21 au 22 août 2004 et maculé de croix gammées et d’inscriptions antisémites. Là encore, obéissant à un réflexe pavlovien, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin avaient aussitôt tenu leur discours habituel, qui ne répugne ni à la redondance ni à l’hyperbole. Craignant d’être accusés de n’en pas faire assez et donc d’être responsables de la montée supposée de sentiments et d’actes anti-juifs, les pouvoirs publics s’emballent de façon tout à fait déraisonnable et précipitée. Leurs cris d’orfraie ne suffisent d’ailleurs pas à leur valoir l’indulgence des milieux communautaires qui en veulent toujours plus. A preuve les sévères remontrances du ministre des Affaires étrangères israélien de l’époque, Sylvan Shalom, venu exprès sur place pour stigmatiser la torpeur des autorités françaises devant les supposés ravages de l’antisémitisme.

Cette insupportable ingérence de l’Etat hébreu dans les affaires intérieures de la France, cette façon de faire la leçon et de porter des accusations publiques aussi graves qu’infondées, outre qu’elle démontre à quel point l’entité sioniste se croit tout permis et de fait se permet tout, n’est d’ailleurs pas une première puisque Ariel Sharon avait en son temps encouragé les juifs de France à faire leur alyah à cause de la prétendue explosion de l’antisémitisme dans notre pays. Que le discours de feu le Premier ministre israélien s’expliquât en grande partie par la nécessité dans laquelle se trouvait Israël de faire appel à du sang frais, les juifs craignant le dynamisme démographique des Palestiniens et des Arabes de nationalité israélienne alors même que le pays a connu et connaît encore de sérieuses difficultés économiques et s’interroge de plus en plus sur son avenir, cela ne fait guère de doute. Mais Sharon aurait certainement eu moins d’audace si nos propres décideurs n’avaient la détestable manie de crier au loup antisémite à tort et à travers. Car, une nouvelle fois, le loup n’y était pas. Le CRIF avait eu beau écrire dans un communiqué péremptoire qu’« il ne peut y avoir de doute sur les motivations stupides et criminelles de ceux qui brûlent un restaurant du cœur en inscrivant des graffiti antisémites : c’est bien la haine des juifs qui les anime », l’incendiaire du centre social n’est autre qu’un SDF juif alors âgé de 52 ans et né au Maroc. Raphaël Benmoha (cf. Le Monde du 2 septembre 2004). Il s’en était pris à ce bâtiment pour se venger des « rabbins qui ont plein d’argent » (sic !), comme il l’avait expliqué aux policiers qui avaient retrouvé chez lui deux marqueurs de couleur rouge et noire avec lesquels il avait écrit les grossières inscriptions émaillées de graves fautes d’orthographe : « les juifs dehors », « sans les juives, le monde serait heureux », « Itler = la France », « Vive l’islames ».

Mieux, ce sépharade déséquilibré était un familier du centre puisqu’il avait fait faire un double des clés. Licencié plus de dix ans avant son méfait de son emploi de gardien de nuit de l’ex-foyer pour jeunes femmes juives de la rue Domrémy à Paris, dans le XIIIe, il en aurait voulu à la communauté juive bien que celle-ci, très charitable envers les siens (ce qui est d’ailleurs tout à son honneur), l’eût nourri, logé puisqu’il prenait ses repas gratuits dans un restaurant casher de la rue Popincourt et avait été placé par un rabbin à titre gracieux dans un studio du IIIe arrondissement. L’affaire est en fait encore plus rocambolesque puisque cet individu aurait été directement influencé par un épisode de la série télévisée PJ passé en 2003 sur France 2 qui racontait l’histoire d’un ex-employé mettant le feu à ce même centre social juif de la rue Popincourt parce qu’il avait été mécontent d’en avoir été renvoyé ! La réalité a donc rejoint la fiction ! Raphaël Benmoha mis en examen et écroué pour « incendie volontaire » avait toutefois un avantage : sa peine ne risquait pas d’être aggravée à cause de motivations racistes, et pour cause !

Et que dire de l’affaire Michaël Chotron, dit Phinéas, jeune déséquilibré qui, n’étant pas parvenu à faire parler de lui en agressant un Maghrébin à coup de hachette, s’est attaqué à un cimetière juif, sûr alors de provoquer l’écho médiatique qu’il appelait de ses vœux ? Dans ce fait divers, point non plus de mobile antisémite mais seulement un désir hypertrophié de faire parler de soi. Reste que tout ce tintamarre est profondément lassant et à terme ne peut que développer dans la population un antisémitisme que l’on prétend combattre par tous les moyens, législatif, judiciaire, par la pression médiatique, l’enseignement de l’antiracisme et la « transmission de la Shoah » à l’école, les spectacles et les variétés. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas là la stratégie cynique d’un certain nombre de dirigeants de la communauté qui, en créant de toutes pièces un climat malsain, renforce la cohésion de juifs beaucoup moins monolithiques qu’on ne le croit généralement, et leur phobie de la persécution. On l’a souvent remarqué : lorsque des événements graves la menaçant se produisent, une communauté, nationale, religieuse ou ethnique a naturellement tendance à faire bloc autour de ses dirigeants. Lesquels ont donc tout intérêt, s’ils sont machiavéliques, à développer une stratégie de la tension et donc de la provocation. Et que dire de l’auteur de Survivre avec les loups dont l’histoire présentée comme vraie est une pure fiction, où il s’agit toujours d’en rajouter dans l’horreur dès que l’on aborde « les heures les plus sombres de notre histoire » ?

CE QUI EST désolant (mais hélas nullement surprenant), c’est de voir les grands organes d’information et l’ensemble de l’Etablissement politique, religieux, syndical, culturel et associatif, agir en automates au risque de sombrer chaque fois dans le ridicule et le grotesque. Est-ce parce qu’ils manquent d’esprit critique, d’intelligence ? Probablement pas. La vérité, c’est qu’ils ne sont pas libres. Ni envers les lobbies qui les ont fait rois. Ni envers l’idéologie dominante qui professe que l’antisémitisme est le crime le plus abominable qui soit. Ils ne sont pas courageux. S’ils l’étaient, ils ne seraient pas arrivés aux postes qu’ils occupent, la course aux honneurs exigeant plus que jamais aujourd’hui toutes sortes de compromissions et de soumissions serviles.

Il est pourtant assez facile de savoir si une agression raciste ou antisémite est vraie ou non : dès qu’il est question de graffiti ostentatoires, a fortiori de mutilations, de tatouages, de lacérations, de déguisements loufoques, il est à peu près certain qu’il s’agit de forgeries. Qui ne se souvient des agressions bidon qui avaient suivi en mai 1990 l’affaire de la profanation des tombes juives de Carpentras et la fantastique orchestration politico-médiatique à laquelle elle avait donné lieu ? En quelques semaines, les faits divers plus abracadabrantesques les uns que les autres se multiplièrent.

En Avignon une Antillaise, Anne M., prétendait avoir été tondue au seul motif qu’elle était noire. En fait, l’adolescente avait prié son petit ami, apprenti-coiffeur, de lui faire une coupe de cheveux ressemblant à celle de son idole, la rockeuse noire Grace Jones. Le résultat s’étant révélé calamiteux, elle avait imaginé l’agression raciste qui avait agité tout le milieu germano-pratin, L’Humanité se distinguant par sa une avec un seul mot sur toute la page : “Tondue”. Les communistes n’ont pourtant pas toujours été aussi soucieux de la chevelure féminine, que l’on songe à leurs méthodes détestables à la “Libération” ! De même, à Villeneuve-d’Ascq, pour éviter de passer ses examens, un étudiant avait simulé, mini-mutilation à l’appui, un attentat nazi. A Grenoble, une Maghrébine avait prétendu avoir été rouée de coups par des fachos, au Havre une enseignante disait avoir été attaquée par des individus portant le foulard du Front national (!) alors que les deux jeunes femmes avaient plus prosaïquement été victimes d’une querelle domestique !

LES FAUSSES agressions à caractère raciste ou antisémite ne datent donc pas d’hier. Ceux qui donnent prise à de telles affabulations ou à de telles provocations sont donc sans excuses. Et cela d’autant plus qu’en surmédiatisant tous ces pseudo-faits divers, on ne consacre que peu de place et de temps à des crimes, eux horribles et vrais. Ainsi, comme l’avait judicieusement remarqué dans un communiqué Jean-Marie Le Pen au plus fort de l’hystérie dans l’affaire du RER D, les media n’avaient que fort peu parlé des deux fillettes alsaciennes violées, effroyablement mutilées et assassinées alors que ces crimes atroces étaient objectivement beaucoup plus graves que l’“agression” du RER, même si celle-ci avait été authentique. Les politiques ont fait encore pire puisque ni le président de la République ni le Premier ministre n’avaient à l’époque rédigé de communiqués pour dire leur horreur et leur épouvante et Nicole Guedj, alors secrétaire d’Etat aux victimes, n’était pas venue témoigner sa compassion et celle de la nation aux parents éplorés. Les choses ne se sont pas arrangées depuis, bien au contraire puisque nous vivons plus que jamais en plein judéocentrisme. Et ce n’est pas de l’actuel chef de l’Etat que l’on peut attendre un changement. Macron est encore plus soumis que ses immédiats prédécesseurs au « lobby puissant et nocif » comme en témoignent toutes les génuflexions et reptations qu’il a multipliées avant même son élection, d’Oradour-sur-Glane au mémorial de la Shoah. Mais l’Elysée, il est vrai, était à ce prix.

RIVAROL.

« Entrées précédentes