Archives mensuelles : décembre 2018

La CEDH ouvre la voie à l’application de la charia en France.

Le Figaro :

Charia : ce que révèle la décision de la CEDH

Charia : ce que révèle la décision de la CEDH

 

FIGAROVOX/ANALYSE – Grégor Puppinck analyse pour FigaroVox un arrêt de la CEDH rendu le 19 décembre dernier. Celui-ci pourrait, selon le juriste, ouvrir la porte à une application de la charia en marge du droit commun.


Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). Il est membre du panel d’experts de l’OSCE sur la liberté de conscience et de religion. Il a récemment publié Les droits de l’homme dénaturé (éd. du Cerf, novembre 2018).


La charia a-t-elle sa place en Europe? Si oui, à quelles conditions? Ce sont les questions que se posent actuellement les instances du Conseil de l’Europe.

Jusqu’au 18 décembre, la Cour européenne des droits de l’homme estimait que la charia est, dans son principe même, incompatible avec les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme. Tel n’est plus le cas aujourd’hui: la Cour accepte maintenant son application en Europe à certaines conditions, malheureusement imprécises.

En 2003, la CEDH avait validé la dissolution d’un parti politique islamiste – pourtant vainqueur aux élections – au motif qu’il souhaitait instaurer la charia en Turquie. Les juges de Strasbourg avaient alors conclu, sans ambages, à «l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie» et avec les normes de la Convention européenne des droits de l’homme (arrêt Refah Partisi et autres c. Turquie du 13 février 2003).

Or, dans un arrêt Molla Sali contre Grèce du 19 décembre 2018, la Cour a omis de réitérer cette condamnation de principe de la charia, et en a accepté l’application en marge du droit commun grec.

Cela s’explique d’abord par le fait que l’application de la charia en Grèce n’est pas nouvelle. Héritage de l’Empire Ottoman, elle a continué à s’appliquer aux populations musulmanes passées sous juridiction grecque après la reconquête de la Thrace occidentale. Les Traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923) réglant après la guerre le sort des «minorités» en Turquie et en Grèce prévoyaient que celles-ci puissent continuer à vivre selon leurs propres usages. Par suite, les juridictions grecques ont estimé que la charia devait s’appliquer obligatoirement à tous les membres de la communauté musulmane de Thrace, en matière de mariage, divorce et de succession.

La Cour européenne a condamné cette application forcée de la charia… mais pas la charia en elle-même.

C’est ce que conteste une femme devant la Cour européenne des droits de l’homme. Celle-ci, en effet, s’est vue privée de l’essentiel de l’héritage de son défunt époux du fait de l’application de la charia à sa succession, alors même que celui-ci avait choisi de lui léguer ses biens en application du droit commun. La justice grecque avait annulé ce testament, jugeant que le couple musulman avait l’obligation de régler la succession selon la charia, la faisant largement échoir aux sœurs du défunt. Il s’agissait donc, pour la Cour européenne, de juger si «la loi musulmane sacrée» peut être appliquée de force à des ressortissants grecs au motif, en particulier, de la «protection des minorités» et du respect des engagements internationaux de la Grèce.

Sans surprise, la Cour européenne a condamné cette application forcée de la charia… mais pas la charia en elle-même. La Grèce avait anticipé cette décision en rendant optionnel le recours à la charia et à la juridiction des mufti, par une loi du 15 janvier 2018.

De façon plus intéressante, et passée inaperçue dans la presse, la Cour européenne a profité de cette affaire pour poser ses conditions à l’application de la charia en Europe.

La Cour estime d’abord qu’un État n’est pas tenu, mais peut s’il le souhaite, «créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial impliquant des privilèges particuliers». En d’autres termes, un État européen peut accorder à sa communauté musulmane la liberté d’être régie par des normes de la charia, sans que cela soit, en soi, contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. Deux conditions sont posées quant à un tel statut spécial: le respect de la volonté des intéressés et celui, elliptique, des «intérêts publics importants».

S’agissant du respect de la volonté, la Cour pose comme «pierre angulaire» à son approche, le «droit de libre identification», c’est-à-dire le droit «de choisir de ne pas être traité comme une personne appartenant à une minorité», tant par les membres de la minorité en question que par l’État. La Cour ajoute que le respect par l’État de «l’identité minoritaire d’un groupe spécifique» ne doit pas porter préjudice au «droit des membres de ce groupe de choisir de ne pas appartenir à ce groupe» ou «de ne pas suivre les pratiques et les règles de celui-ci». En un mot, l’État doit respecter les minorités tout en évitant de contribuer à y enfermer leurs membres. Ainsi, lorsque l’État accepte l’application de la charia sur son territoire, celle-ci doit être optionnelle.

La Cour a choisi une approche à la fois libérale et communautariste.

S’agissant du point essentiel du contenu de la charia, la Cour ne porte pas de jugement. Ici encore, elle aborde la question sous l’angle du consentement individuel, estimant que tout individu peut valablement renoncer à certains droits pour des motifs religieux (c’est-à-dire se soumettre à la charia), sauf si «un intérêt public important» s’y oppose.

La Cour a donc choisi une approche à la fois libérale et communautariste, susceptible d’accommoder la coexistence de communautés diverses, dotées de privilèges juridiques au sein d’un même État. Cela fait écho à l’obligation, formulée il y a peu dans l’affaire autrichienne de blasphème, «d’assurer la coexistence pacifique de toutes les religions et de ceux n’appartenant à aucune religion, en garantissant la tolérance mutuelle». Cette approche pose de sérieuses difficultés dans sa mise en œuvre.

Tout d’abord, elle repose sur le postulat du consentement. La Cour suppose que «le choix en question est parfaitement libre, pourvu qu’il soit éclairé». Or, comme l’a parfaitement démontré Muriel Fabre-Magnan, dans son récent essai L’institution de la liberté, le consentement ne suffit pas à garantir la liberté. Ainsi par exemple, ce n’est pas parce qu’une jeune femme musulmane consent à épouser un homme choisi par ses parents que son choix est libre. Plus encore, quand on sait à quel point l’islam peut constituer une société fermée, il y a lieu de s’interroger sur la véritable liberté d’en sortir, d’autant plus que la charia punit de mort l’apostasie. Il y a une grande hypocrisie à estimer que le consentement suffise à garantir la liberté, peut-être aussi une certaine lâcheté.

» LIRE AUSSI – Muriel Fabre-Magnan: «Le consentement, ce n’est pas la liberté!»

Cet arrêt place ensuite les autorités publiques dans la situation défensive de devoir se justifier de refuser aux musulmans revendicatifs la «jouissance» de telle ou telle norme de la charia, dès lors qu’elles en acceptent d’autres. De fait, c’est non seulement la Grèce et le Royaume-Uni qui acceptent déjà la charia en certaines matières, mais aussi tous les pays qui reconnaissent une valeur aux normes alimentaires «halal». Dès lors, on ne voit pas pourquoi refuser l’application d’autres normes, en matière de finance par exemple. La charia est un système juridique qui couvre tous les aspects de la vie.

Plus encore, en acceptant le principe même de l’applicabilité de la charia en Europe, fut-ce de façon limitée, cet arrêt permet aux partis politiques qui en veulent l’application, de prétendre agir «dans le respect des droits de l’homme».

Enfin, s’agissant du contenu de «l’intérêt public important» susceptible d’être opposé à la charia par les États, il reste à définir au cas par cas. Force est de constater qu’il n’a pas de contenu matériel précis ; il fait probablement référence à des valeurs, telles que l’égalité et la liberté individuelle. Mais l’interprétation des «valeurs» est dangereusement mouvante, au gré notamment des évolutions démographiques, culturelles et électorales, d’autant plus que les juges estiment devoir faire évoluer leur interprétation des droits et libertés, en fonction des changements sociaux. Plus encore, c’est au regard de la même valeur de «liberté religieuse» que la Cour européenne permet l’interdiction du port public de la burqa tandis que le Comité des droits de l’homme des Nations unies s’y oppose. En droit comme à la bourse, le propre des valeurs est de fluctuer. Face à elles, en revanche, la charia semble jouir d’une grande stabilité.

La charia est un système juridique qui couvre tous les aspects de la vie.

La Cour européenne ne donne pas d’exemple de tel «intérêt public». D’ailleurs, étonnamment, elle ne critique pas – elle-même – la charia, en ce qu’elle serait contraire aux droits des femmes par exemple, mais se contente de rappeler que plusieurs organes internationaux «se sont dits préoccupés» par son application et par la discrimination ainsi créée notamment au détriment des femmes et des enfants, et l’ont estimée, sous certains aspects, «incompatible avec les engagements internationaux contractés par la Grèce».

Pourquoi tant de prudence? Est-ce pour ne pas froisser davantage la Turquie, dont le Président est un héritier du Parti Refah autrefois interdit, et qui a décidé de réduire significativement sa contribution financière au Conseil de l’Europe? Est-ce pour ne pas froisser la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Albanie qui, bien que membres du Conseil de l’Europe, ont aussi signé la Déclaration du Caire des droits de l’homme en islam (1990), laquelle déclare notamment que l’islam est la religion de naissance de chacun, et que les droits de l’homme sont soumis à la charia?

C’est aussi cette question de l’application de la charia en Europe, y compris dans des dispositions contraires à la Convention européenne, qui inquiète actuellement des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, et qui fera l’objet de discussions et d’un vote en janvier prochain à Strasbourg. Alors que cette Assemblée a longtemps adopté un discours bienveillant envers l’islam, déclarant encore en 2010 que «l’islam est une religion qui prône la paix» et qu’il ne faudrait pas interdire le port du voile intégral ni la construction de minarets, elle semble être à présent plus critique.

Le projet de résolution de janvier 2019, entre autres choses, se dit préoccupé par les activités «judiciaires» des «conseils de la charia» au Royaume-Uni et des muftis en Grèce, et invite la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Albanie à «envisager leur retrait de la Déclaration du Caire», mais aussi, à agir afin d’établir «clairement la primauté» juridique de la Convention européenne sur cette déclaration islamique.

En droit comme à la bourse, le propre des valeurs est de fluctuer.

L’Europe en est ainsi réduite à devoir défendre la Convention européenne des droits de l’homme face à la concurrence des droits de l’homme islamiques, qui se prétendent, eux-aussi, universels. Et cette défense n’a rien d’évident, car en faisant du consentement – c’est-à-dire de la volonté individuelle – le critère central des droits de l’homme, on ne voit pas ce qui permet aux instances européennes de prétendre que leur système est meilleur que celui du voisin. Car celui-ci peut, lui-aussi, prétendre reposer sur le consentement des personnes ; la Déclaration du Caire a d’ailleurs été ratifiée par un plus grand nombre d’États que la Convention européenne.

En fait, l’opposition entre l’individualisme libéral et la charia n’offre aucune issue satisfaisante, car l’un et l’autre système ont en commun de refuser le fondement même des droits de l’homme, à savoir l’existence d’un droit naturel qui peut être connu par la raison en observant la nature humaine, et qui existe indépendamment de la volonté arbitraire de «Allah» ou des individus. Ce qui risque d’arriver, et apparaît déjà dans cette affaire, c’est l’introduction de la charia, par la volonté individuelle, dans les droits de l’homme: c’est «le droit à la charia».

Seul un retour à une compréhension objective des droits de l’homme, fondée dans le droit naturel, leur permettrait d’échapper à l’individualisme libéral puis à la charia. Les droits de l’homme retrouveraient alors leur universalité. Mais nous ne semblons pas en prendre la voie ; nous préférons celle du communautarisme libéral, alors même que nous refusons de dire ce que nous sommes, en tant qu’Européens. La Cour ne dit mot sur ce que sont ces «intérêts publics importants» pour la société ; ils demeurent pourtant l’ultime refuge de la justice et de notre civilisation européenne.

Ce silence est celui du renoncement à l’identité européenne au profit de l’universalisme ; il ne date pas d’hier. Déjà, durant la rédaction du traité qui a donné naissance au Conseil de l’Europe, en mai 1949, les États fondateurs renoncèrent à mentionner la «civilisation chrétienne» comme fondement du projet européen, et lui préférèrent les notions, aussi vides qu’universelles, de «valeurs spirituelles et morales». Trois années plus tard, les États renoncèrent aussi, sous la pression turque, à la présence d’une croix sur le drapeau européen, alors même que ce choix avait été plébiscité.

Pour définir l’Europe, les instances qui nous gouvernent ont fait le pari des valeurs abstraites et de l’universalisme, celui d’un vivre ensemble aux contours flous ; il n’est pas sûr que cela suffise face à l’islam.

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  •  Il faut d’Urgence sortir  de l’Union Européenne qui est TOUT sauf Européenne.

  • Il faut ABROGER la Cour Européenne des Droits de l’Homme instaurée par le parlement juif dit européen (l’islam est le balais d’Israël).

  • Il faut inscrire la Religion Catholique comme RELIGION D’ ETAT.

  • Il faut ABOLIR les « droits de l’homme » pour LES DROITS DE DIEU.

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L’INTEGRALE DE SERGE MONAST

Serge Monast était un journaliste d’enquête, poète, essayiste et auteur conspirationniste. Disciple de René Bergeron et de William Guy Carr, Serge Monast fut proche des défenseurs du crédit social. Au début des années 1990, il se consacre à la rédaction d’ouvrages sur les thèmes du “Nouvel Ordre Mondial” et des sociétés secrètes. Il fonde l’Agence Internationale de Presse libre (A I P L) où il publie la plupart de ses enquêtes. En 1995, il fait paraître un document intitulé les “Protocoles de Toronto” ; un livre façonné selon le modèle des “Protocoles des Sages de Sion” où il dévoile l’activité secrète d’un groupe maçonnique ; les “666”, rassemblant tous les vingt ans les puissants de ce monde en vue de l’établissement du “Nouvel Ordre Mondial” et du contrôle mental des individus. Affirmant formellement être traqué par les hautes instances policières pour avoir « trempé dans des réseaux d’informations interdites », Monast meurt d’une crise cardiaque dans des conditions étranges, le 5 décembre 1996.     

(678 p ; 39 €)

DU FRANKISME AU JACOBINISME de Gershom Scholem

 

Lors de ses études sur les sectes des adeptes de Sabbataï Tsevi et Jacob Frank, l’auteur découvrit Moses Dobruška, un personnage  mystérieux et « polyvalent » qui naquit dans un ghetto de Moravie, participa à la Révolution française et mourut sur l’échafaud. Élevé comme juif orthodoxe, il se convertit au catholicisme (tout en jouant un rôle très actif au sein d’une secte kabbaliste), fut anobli par l’empereur d’Autriche et prit le nom de Franz Thomas von Schönfeld. Par la suite il s’établit à Paris sous le nom de Junius Frey et devient un membre du Club des Jacobins. Il fut guillotiné, à l’âge de 40 ans, le 4 avril 1794. Les résultats des investigations de Gershom Sholem avaient déjà été publiés antérieurement de façon plus embryonnaire et circonstancié, mais ce n’est que dans ce présent texte qu’il s’est senti à même d’en donner une description plus définitive.  Bien que de nombreux points restent encore obscurs à son sujet, nous savons aujourd’hui qu’il fut une figure caractéristique de la seconde génération du mouvement « frankiste ».  (160 p., 16 €) 

LES SOCIETES SECRETES ET LEURS CRIMES de Louis Dasté

L’histoire des Sociétés Secrètes emplit d’énormes et nombreux livres en toutes langues, et malgré cela, les Sociétés Secrètes savent exercer une suggestion si habile sur les meilleurs esprits, qu’elles sont parvenues à faire complètement négliger, par presque tous les historiens, leur influence dans le monde. Combien pourtant est grande cette  »malfaisante puissance » des Sectes que la divulgation des fiches rédigées par les délateurs du Grand-Orient de France est venue faire éclater en fin aux yeux les plus fermés jusqu’alors ! Les Sociétés Secrètes ont toujours exercé des ravages ; elles, furent nuisibles et criminelles autrefois, comme elles le sont aujourd’hui encore – immuables dans le Mystère, immuables aussi dans le Crime. Mais les honnêtes gens de tous les partis ne se doutent point du mal qu’elles font, du mal plus grand encore qu’elles peuvent faire, parce qu’ils ignorent la montagne de forfaits qu’elles accumulèrent dans le passé. C’est pourquoi il est opportun et cohérent de donner un aperçu du rôle malfaisant des Sociétés Secrètes à travers le monde et les âges, en remontant de près de 21 siècles, avec un soin scrupuleux aux sources historiques les plus pures.   

(254 p. 18 €)

LE VIOL DE LA CONSCIENCE PAR LES MESSAGES SUBLIMINAUX du Père Régimbald

Une puissante révolution a pris forme, sans parti politique, sans discours électoraux, et même sans manifeste idéologique pour énoncer les buts et objectifs des nouveaux révolutionnaires. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une profonde révolution sociale, économique, morale et culturelle a choisi de proclamer son radicalisme par la musique, les chansons et les groupes-étoiles du rock n’roll. Au départ, tout cela n’a pas été pris au sérieux, car tous s’imaginaient que c’était une mode de plus qui finirait bien par passer. Toutefois, le phénomène socio-culturel du rock n’roll, apparu au début des années 1950, allait déferler sur le monde tel une vague de fond mêlée de boue, de scories, de sang et de sacrifices humains.

 (70 p., 12 €)

LA CONJURATION ANTICHRETIENNE de Mgr Delassus

La question de la conjuration antichrétienne, dont la secte judéo-maçonnique est l’âme et le bras, est le sujet du présent livre. L’auteur ne s’est point arrêté à rechercher les origines de la secte ; il ne s’est point attaché à l’étudier aux points de vue divers où d’autres publicistes se sont placés. Ce qu’il a voulu mettre en lumière, c’est la part d’action que la secte judéo-maçonnique a dans la guerre livrée à l’institution catholique et à l’idée chrétienne, et le but de cette guerre. Comme vous pourrez l’étudier dans ce livre, cette guerre a pour but d’arracher l’humanité à l’ordre surnaturel fondé sur la Rédemption du divin Sauveur et de la fixer définitivement dans le naturalisme. Le problème d’aujourd’hui est celui de la résistance que le naturalisme oppose à l’état surnaturel que Dieu a daigné offrir à ses créatures intelligentes. Ainsi considéré, le problème embrasse tous les temps. Il s’est posé la création des anges, au paradis terrestre, au désert où le Christ a voulu se soumettre à la tentation ; il restera posé, pour la chrétienté et pour chacun de nous, jusqu’à la fin du monde. Il y a lutte entre la civilisation chrétienne qui est en possession d’état et la civilisation moderne qui veut la supplanter. Quelle sera l’issue de cet antagonisme ?     

(740 p., 23,50 €)

Réunion de nos Patriarches sur Paris

Gilets jaunes, la révolution qui vient – Grande réunion publique avec Alain Soral, Hervé Ryssen, Jérôme Bourbon, Yvan Benedetti et Élie Hatem

Grande réunion publique

 

Le samedi 19 janvier 2019 aura lieu à 15h à Paris une grande réunion publique sur le thème : « Gilets jaunes ou la révolution qui vient ! ».

 

Intervenants :

- Alain Soral

- Hervé Ryssen

- Yvan Benedetti

- Jérôme Bourbon

- Élie Hatem

 

Renseignements et inscriptions : 07 81 72 58 81

 

La Haine contre les Gaulois n’a ni Commencement ni Fin.

Article sur Slate du 26 Décembre 2018 par Claude Ascolovitch

L’affaire des «gilets jaunes» n’est pas une histoire

juive ; il serait fâcheux qu’elle le devienne.

Rassemblement de «gilets jaunes» près de la raffinerie de Feyzin (Rhône), le 17 décembre 2018 | Jean-Philippe Ksiazek / AFP
Rassemblement de «gilets jaunes» près de la raffinerie de Feyzin (Rhône), le 17 décembre 2018 | Jean-Philippe Ksiazek / AFP

D’une poignée d’abrutis de fin de semaine est ressuscitée l’infamie antisémite, qui serait la vérité de l’insurrection des ronds-points, dévoilée par trois ivrognes faisant la «quenelle» dieudonnesque dans un métro et trente beuglards ayant chanté la même «quenelle» devant les marches du Sacré-Cœur, les ivrognes parlant mal à une vieille dame juive indignée de leur crasserie, les beuglards profanant le «Chant des partisans», dont l’air volé soutient leur pornographie scandée de «dans ton cul». De vomissures, on fait de la politique.

L’indignation est maîtresse de l’heure, et on m’avertit contre ces chemises brunes françaises qui rejoueront l’histoire, toujours la même, de la populace au pogrome, foule lyncheuse de policiers républicains et de juifs à la fois: «stop!», comme dirait un porte-parole du gouvernement, contempteur de la France des clopes et du diesel, ces svastikas symboliques finement repérées.

Voir la chemise brune sous le gilet jaune

La haine de la plèbe chez les bourgeois honnêtes m’a toujours amusé; elle est une pensée décorative qui distrait de la peur, et comme ce pouvoir cède et cède encore à quiconque le menace, policiers en préavis de grève ou «gilets jaunes» qui répondent en brutes de bal populaire à la violence légitime de l’État, comme le président est allé plier le genou virtuel sur la pétition web d’une «gilet jaune» et lui a écrit que finalement, elle avait raison, les marcheurs dépités ont bien droit à un réconfort verbal. Ils se requinquent en stigmatisant l’antisémite, et n’auront pas peur de combattre les quenelliers! Ah, les braves gens.

Au demeurant, la quenelle est une saloperie. Mais, oserais-je, la quenelle des salopards n’est qu’un instant des «gilets jaunes», que seule l’acrimonie élitaire décrète signifiant.

On aurait pu, a contrario, passer en boucle sur nos télévisions ces «gilets jaunes» savoyards qui s’enlaçaient sur «La foule» de Piaf, dans une scène douce et onirique, le soir où des gendarmes émus levaient leur barrage, et on aurait alors commenté leur ressemblance avec les occupants d’usines du Front populaire? On aurait pu chanter la fraternité de ces veillées de Noël où des «gilets jaunes» se sont tenu chaud, et l’humanité émouvante de ces désormais plus que rien. Mais concernant le peuple ici et maintenant, spontanément, une bourgeoisie préfère voir la chemise brune sous le gilet jaune. Et je ne pourrais, juif, que m’en inquiéter.

Me voici entraîné à parler en tant que juif d’une fronde sociale qui serait, finalement, dirigée contre moi.

L’affaire des «gilets jaunes» n’est pas mon histoire juive. Je n’ai pas d’opinion juive sur le fuel, les taxes ou le paso-doble du président Macron et des provinces oubliées. J’en connais –ou j’en devine– comme citoyen, journaliste, pessimiste, anarchiste réprimé, nostalgique de l’ordre, que sais-je. Comme juif, je n’en dis rien.

Il m’arrive d’avoir des opinions juives sur quelques grands sujets de l’heure, et c’est aussi bien en juif qu’en Français que je regarde tendrement les migrants, je sais pourquoi. Mais j’aimais, dans l’affaire des «gilets jaunes», qu’elle resta laïque et simplement sociale, c’était modestement primordial et républicain. Me voici entraîné par des clapotis de bêtise et la manie de quelques vigilants à parler en tant que juif d’une fronde sociale qui serait, finalement, dirigée contre moi.

Céder à la pulsion de bavardage

J’appelle ici «vigilants» ces femmes et ces hommes cultivés et engagés qui, je n’en doute pas, ne me veulent, juif, que du bien, et qui recherchent, cherchent encore et trouvent toujours –la haine est irréfutable– l’antisémitime qui rongerait le pays. Les vigilants sont des éclairagistes d’influence. Ce qu’ils sortent de l’ombre devient indiginité nationale. On ne saurait discuter leurs affolements qui, mis bout à bout, deviennent une lecture admise de la société. Les vigilants, cette saison, ont éclairé les «gilets jaunes» d’une lumière implacable.

Avant les quenellards du samedi parisien, ils avaient ainsi mis à jour une banderole, photographiée dans le Rhône, qui attestait l’ambiance. On y lisait, en contrebas d’un barrage de «gilets jaunes», cette équation sordide et clairement anti-juive: «Macron = Drahi = Attali = Banques = Medias = Sion», les «s» étant calligraphiés façon nazie, les «a» suggérant un triangle franc-maçon. Indubitablement odieuse et fasciste, cette banderole fit florès. Pourtant, elle ne disait rien des barrages, ni de celles et ceux qui les tenaient.

Le Progrès, 20 minutes ou l’AFP en firent justice dans des articles enquêtés. La banderole, saleté éphémère, n’avait été en place que peu de temps; les «gilets jaunes» qui tenaient le barrage, l’ayant découverte, l’avaient détruite eux-mêmes. Elle ne venait pas d’eux. Elle était, cette banderole, l’œuvre de provocateurs malins, squatteurs pervers et anonymes d’un mouvement peu structuré.

Mais –puissance de la vigilance et de la pulsion de bavardage de nos élites– la banderole, démontée, vécut avec une intensité rare et fut une tendance sur les réseau sociaux, la première preuve de l’antisémitisme des contestataires, avant la confirmation quenellarde, point d’orgue du «on le savait bien».

Le 24 décembre au matin, sur RMC, on entendit une vigilante parmi les vigilants expliquer à une journaliste que le juif était le bouc émissaire de la gilet-jaunie, car quand les gens vont mal, ils cherchent un responsable, et il s’agit souvent du juif, qui incarne le pouvoir et l’argent. La journaliste hochait la tête, et la question n’était même plus de savoir si les «gilets jaunes» haïssaient les juifs, mais pourquoi ils les haïssaient.

Simone Rodan-Benzaquen, c’est le nom de la vigilante, était à sa partie. C’est elle qui avait, sur Twitter, posté la photo de la banderole du Rhône; elle n’avait pas posté les articles de l’AFP, du Progrès ou de 20 minutes qui relativisaient l’affolement.

C’est également Simone Rodan-Benzaquen, directrice de la branche française de l’American Jewish Committee (AJC), vieille organisation de défense des juifs, implantée en France il y a une dizaine d’années, qui avait co-patronné un sondage de l’Ifop selon lequel 10% de la population française, représentés par un échantillon d’un bon millier de personnes, ne connaissaient pas la Shoah.

Devenir le prétexte

Ce sondage, qui avait bien tourné, alimentait l’idée d’un pays en bascule, où la mémoire comme le sort des juifs étaient en balance. Cela, plus la banderole, plus la quenelle.

Les vigilants ne sont pas de mauvaises personnes: seule la paresse des faiseurs d’opinion les rend problématiques. On accepte sans douter leur expertise, leurs préjugés et leurs certitudes, quand bien même celles-ci contrediraient tout ce que l’on sait et voit de notre pays –voire la simple logique.

On pourrait ainsi, à bon droit, considérer qu’une mémoire transmise à 90%, trois quarts de siècle après l’horreur, est un chiffre honorable, qui témoigne de la constance de la Nation dans le respect de la Shoah? On pourrait de même prendre les dégénérés quenelleurs pour ce qu’ils sont, des dégénérés que la société réprouve, ne pas leur faire ce cadeau éhonté que de les suggérer emblématiques d’un soulèvement populaire et ne pas accorder à l’antisémitisme une place centrale dans les contestations. On pourrait en somme prendre avec calme les vigilances des vigilants, et sans nier ce qu’ils disent découvrir, ne pas leur abandonner l’analyse et ni tomber dans leurs pièges.

J’ai, juif, un point de vue sur les vigilants: ils m’enferment bien plus qu’ils ne me protègent, et travestissent bien plus qu’ils ne révèlent. Ils m’exposent à des combats dont je ne veux pas et dont je deviens le prétexte. Ils me singularisent, affolent ma mère et avec elles toutes celles et ceux, juifs, qui à force de matraquage pensent que toute l’actualité, encore et toujours, converge contre nous. C’est heureusement inexact, quand bien même nos paysages ne sont pas joyeux.

Dans une France d’abandon et de rancœurs, de rumeurs et d’inquiétude, les crapuleries d’un Soral ou d’un Dieudonné peuvent se glisser en folklore sordide. Mais ce n’est pas l’antisémitisme qui mène ce bal, simplement l’envie de vulgarité qui anime les hommes que l’on oublie, et qui s’oublient.

C’est triste pour la France, mais est-ce périlleux pour les juifs? Ces malheureux idiots ne nous détestent pas de préférence, en dépit de leurs gourous, et il serait absurde d’entrer dans leur perversité et de la nourrir d’indignations forcées. La scène du Sacré-Cœur était laide bien avant d’être antisémite. Sans doute ne l’était-elle pas, et celle du métro, possiblement, pas davantage. De la viande bête, de la viande saoule, entonne un air vulgaire et reproduit un geste de pornographie politique.

La vieille dame du métro n’a pas voulu porter plainte et conteste que les pochtrons imbéciles qu’elle avait chapitré ait prononcé des mots anti-juifs. Il n’y avait, pour nous juifs, pas grand-chose à dire; on a dit pourtant, et c’est ici que je redoute un danger, si d’habitudes, de paresses, d’automatismes, de vigilance, de cynisme, on mobilisait l’offense faite aux juifs pour punir les «gilets jaunes», en les écrasant d’une épithète infâmante.

On brosse à petites touches, de petits faits vrais mais choisis, un tableau sordide d’une France des provinces lumpenisée et trumpisée.

Antisémite, l’insurrection n’est pas; des antisémites fleurant une aubaine, les Dieudonné et les Ryssen, la reniflent et s’y logent. L’affaire de la quenelle, et le bruit qu’elle a provoqué, a ravi les antijuifs qui se répandent depuis sur les groupes Facebook du mouvement sur le mode «les juifs contrôlent le système», affirme sur Twitter Vincent Glad, ce journaliste en reportage dans la jungle de mots des réseaux sociaux. Quel cadeau à leur faire si désormais vigilants et politiques, dans les médias légitimes, proclamaient que les «gilets jaunes», antisémites globaux, étaient une variante du mal.

Cela a commencé, cela a pris, le bavardage est le propre de la politique. C’est, manifestement, une méchanceté et un mensonge. Croit-on vraiment que sur les barrages, il n’y a pas de tendresse ni de beaux sentiments? Croit-on que dans la foule, il n’est pas d’espérance ni d’humanité?

Mais on brosse à petites touches, de petits faits vrais mais choisis, un tableau sordide d’une France des provinces lumpenisée et trumpisée, perméable au complotisme, acquise à l’antisémitisme, mue par la haine de l’élite et des Rothschild qui furent les patrons de Macron, et tout, alors, serait limpide, et tout serait plié.

Servir de bouclier idéologique

Que l’on prenne garde: ce discours est performatif plus que descriptif. Il ne raconte pas le mouvement, mais l’emprisonne et peut le remodeler. Il anticipe ce qui n’est pas et n’a pas lieu d’être, mais qui sait? Il fabriquera l’horreur, s’il apparaît qu’effectivement, la question juive est le prétexte des gouvernants contre les réfractaires, si pour disperser cette révolte qui l’empoisse, les beaux chevaliers de la forteresse assiégée du pouvoir m’empoignent, moi, juif, et m’utilisent comme leur arme suprême, me jettent à la figure des enragés. La haine, alors, viendra.

L’antisémitisme n’est pas une vue de l’esprit. Il existe dans les replis de notre société, blesse et parfois tue. Mais il n’est qu’une violence minoritaire, marginale et condamnée –et instrumentalisée aussi bien. L’antisémitisme est cette aubaine que la vigilance offre aux gouvernants en souci. Nous y sommes, exactement. Pris en flagrant délit de mépris puis de reculade, le pouvoir –ses hérauts– s’oublie et se grise de vertu, tel un doux ivrogne qui chasse ses faiblesses dans la dive bouteille.

Est-il meilleur nectar, est-il plus belle vertu que le refus de l’antisémitisme, dans notre République née du général qui nous lava de Pétain? La défense des juifs est le meilleur discours de celles et ceux qui nous gouvernent, et d’autant plus que ce discours, hélas, n’a que peu d’influence sur la société. Édouard Philippe parle aussi haut que Christophe Castaner ou jadis Manuel Valls, Dominique de Villepin ou Nicolas Sarkozy, qui tous assuraient que la personne qui touche un juif touche la France, mais parfois, on entendait autre chose: qui nous touche, gouvernants, nous prouverons qu’il touche les juifs.

Parfois, c’était vrai. On insulta «le juif Sarkozy» dans des émeutes en 2005. On accusa Valls d’être aux ordres de sa femme, donc des juifs. Ils étaient, l’un comme l’autre, des hommes de l’ordre et de l’autorité, gardiens de la République contre les contestations, et aussi bien amis des juifs, ostensibles, courageux, revendiqués.

Leurs postures et leurs convictions contruisirent un paysage, qui nous amenait, juifs, dans le camp de l’ordre, pour notre sécurité, mais aussi pour son confort. Des gouvernants de verbe brutal, bientôt contestés, pouvaient, sans mentir, exciper d’une autre vertu, celle du «plus jamais ça», celle de l’intransigeance face aux antisémites.

Impopulaires, stressés et assiégés, les macronistes vont défendre la synagogue que les «gilets jaunes», pourtant, ne songent pas à brûler.

C’était sympathique, honorable, mais également biaisé. Les juifs –cela ne vaut pas que pour Valls et Sarkozy, loin de là– n’étaient pas tant protégés par les grands hommes qu’ils ne leur servaient de caution ou de bouclier idéologique. Par une malignité de l’histoire, la défense des juifs est devenue la dernière morale, la vertu ultime, l’estimé reliquat des pouvoirs que leurs peuples désavouent.

Il n’y avait pas de complot en la matière, ni de mauvaise intention. C’est arrivé, simplement. Des hommes perdant l’amour de l’électorat invoquaient l’amour du juif. Je suis celui qui reste au ministre quand le ministère sonne creux.

Les macronistes, mouvement fluide mais qui n’invente rien, nous rejouent la scène. Ils sont impopulaires, stressés et assiégés, mais –ils le chantent, le crient, l’exhibent– ils vont défendre la synagogue que les «gilets jaunes», pourtant, ne songent pas à brûler.

Défendre les juifs, surveiller les musulmans

Mes vigilants sont les moteurs de cette comédie. Ils ont renoncé à l’indépendance des combattants antiracistes pour s’épanouir auprès des pouvoirs. Le parcours d’une Caroline Fourest, intellectuelle laïque qui alimentait l’hypothèse présidentielle de Manuel Valls, est emblématique de la vigilance. Simone Rodan-Benzaquen, moins connue, ne lui cède en rien.

Sous le quinquennat précédent, l’AJC s’était inscrite dans la trajectoire de Manuel Valls, lui apportant appui et caution bien au-delà de son engagement contre l’antisémitisme. En 2016, l’AJC offrait au Premier ministre la vedette d’un colloque batisé «Le sursaut», où il dénonçait le voile islamique comme le salafisme et appelait à la bataille culturelle et identitaire. Le judaïsme était la caution d’une laïcité de combat, que ses adversaires jugeaient islamophobe. La défense du juif devait passer par la surveillance des musulmans. Ce n’était plus seulement de la défense, mais de l’idéologie.

L’AJC devint, le mot «juif» en plus, un miroir du Printemps républicain du plus célèbre Laurent Bouvet. On vit Simone Rodan-Benzaquen dénoncer de concert le populisme et l’islamisme, dont l’antisémitisme était simplement un symptôme. Cette analyse rencontrait le vallsisme, elle vient aujourd’hui au secours des macronistes.

À nouveau, n’y voyons pas de complot, mais une vraie logique. Il s’agit, pour les vigilants, d’illustrer et d’organiser l’alliance des juifs et des bourgeoisies de pouvoir, qui seules pourront nous épargner les malheurs; en échange, nous leur garantissons la belle âme, et qu’importe leur politique et ce que le pays en pense.

Sous les couverts d’un discours fièrement républicain, c’est un échange et un pacte –d’ailleurs pas inédit: on joua, dans l’Algérie de papa, l’alliance des juifs naturalisés français et de la puissance coloniale, qui avait choisi sa minorité à élever, séparée des autres indigènes. Chacun y gagnait.

Allons-nous réitérer la manœuvre, mais cette fois dans l’angoisse, non plus pour gagner la France, comme jadis à Alger, mais pour ne pas la perdre, et coller au pouvoir, au manche, au gouvernant par principe, parce qu’il n’est d’autre survie possible?

Nous serions alors au fond de nous, et en dépit de nous, juifs modernes de la République, une minorité menacée et apeurée, qui retrouverait son antique destinée, protégée par la seule bienveillance du seigneur, attendri ou intéressé par notre seul trésor: la morale que nous incarnons, notre passé douloureux et sacré. Il y a eu assez de blessures, de coups et de morts, ces dernières années, contre des juifs en France, pour que cette régression prenne corps.

Prétendre que le peuple me rejette

Soyons clairs, ici. Les juifs français, une poignée de centaines de milliers d’individus citoyens, ne participent pas à cette construction. On la leur amène, on la leur impose, on les y enferme, dans les façons des vigilants, dans la complaisance des politiques à nous témoigner des sollicitudes, et chacun se félicite d’une si bonne entente.

Tout ceci est humain et parfois de bonne compagnie, mais pas exempt de danger ni de folies. Depuis des années –la montée des actes antisémites en attestait–, on expliquait aux juifs et à propos des juifs que l’islamiste, le musulman, l’immigré par extension, le migrant, l’homme de la banlieue islamisée et ensauvagée, était l’ennemi du juif comme de la République, et l’ennemi des ensauvagés était notre gardien.

Les vigilants cultivaient la bourgeoisie libérale et d’autorité, qu’elle fut socialiste ou de l’ex-UMP. D’autres allaient plus loin et, avec une certaine logique, affirmaient que face à l’ennemi, les juifs devaient résolument pencher à droite, le plus à droite possible, et devenir avec le triste Zemmour et le joyeux Goldnadel les flancs-gardes des Le Pen, Wauquiez ou Dupont-Aignan, car les ennemis de mes ennemis sont mes amis, comme dirait Benyamin Netanyahou, qui préfère Orbán et Bolsonaro au juif cosmopolite Soros et aux mollassons démocrates. Nous ne jouions plus Crémieux puis Lacoste, si l’on parlait de l’Algérie, mais l’OAS; il fallait bien cela pour nous épargner l’islam et ses ensauvagés des cités, nos repoussoirs communs.

Menacé dans les cités, je, juif, serais aussi en péril dans les quartiers pavillonnaires.

Et puis patatras! On me dit aujourd’hui que la France périphérique de Christophe Guilluy, gauloise et désespérée, ne m’aimerait pas plus que les banlieues basanées. Le peuple blanc aussi vomirait Rothschild dans ses quenelles, comme les black-beurs jalousaient la belle «syna».

Menacé dans les cités, je, juif, serais aussi en péril dans les quartiers pavillonnaires et, méfiant du halal, devrait aussi redouter le peuple des jambon-beurre et des braseros des barrages. Les vigilants me le disent, les médias me le répètent, les gouvernants m’en assurent, et de leur inquiétude nait mon cauchemar français.

À les entendre, c’est tout mon pays qui me serait hostile, pauvre juif que je suis –hormis, bien entendu, les bons quartiers des bonnes villes bourgeoises. Les zemmouriens s’en embarrassent: on ne fustige pas le populo-autochtone. Mais les vigilants exultent: islamisme et populisme se complètent et bornent nos paysages!

Dans leur exaltation excitée par une poignée d’incidents, ils signent plus sûrement qu’aucun antisémite l’expulsion politique des juifs de France. Ils disent, au mépris de la réalité que je vis et que nous vivons, que ce pays me rejette, que ses classes populaires, immigrées ou du vieux pays, s’entendent à ne pas m’aimer.

Réaliser quel malheur nous préparons

Ils brossent, ces vigilants, le tableau d’une France dont Soral rêverait, qui n’existe pas mais qu’il fabriquent de leur jactance, que des médias de Panurge prolongent et que des politiques sans structure entérinent.

Je devrais, juif, éviter aussi bien la Somme que la Seine-Saint-Denis, redouter Trappes comme Carcassonne. Je devrais, dans une terre qui a oublié mon martyre, me résigner à ne vivre qu’à l’amitié des riches, des puissants et des cyniques, et accepter, pour mon bien, que mon histoire serve à repousser le musulman comme le «gilet jaune», que certains ici veulent traiter en ennemi.

Tariq Ramadan d’un côté, la quenelle de l’autre, les épouvantails à juifs quadrilleraient le territoire, et seul le pouvoir, seuls les possédants, seuls les libéraux, seuls les macronistes, seuls ceux qui possèdent le monde, pourraient me tolérer.

Réalise-t-on –je parle en juif et en républicain– ce que portent ces logiques susurrées, instillées, admises, commentées et retweetées? Rarement la vérité simple d’un pays aura été niée à ce point par un discours prétendu vertueux –et j’en serais, juif, l’objet, et ils en sont, les vigilants, coupables.

Réalise-t-on pourtant quel malheur nous préparons –je parle en juif–, si venons à penser que dans notre pays, seuls les riches nous agréeraient, si nous oublions que ce peuple mal embouché nous cacha, jadis, quand les élites prêtaient serment à Pétain?

Pouvons-nous, juifs, vivre heureux en France dans l’idée que le peuple nous rejette, si nous participons ensuite à son humiliation, et si nous consentons aux opportunismes des politiques et aux manipultions des vigilants? Nos ancêtres, sous l’autocrate russe, savaient être tolstoïens et ne haïssaient pas le moujik au prétexte des progromes, pourtant réels ceux-là.

Posons pour finir. Nul ne prétend que le pays est simple, ou la période.

Nul ne prétend que le mouvement baptisé «gilets jaunes» est exempt de laideurs populacières, qui s’entremêlent aux insurrections populaires.

Nul ne croit que Dieudonné ou Soral sont des illusions.

Nul le croit que les peuples sont commodes, et joyeux les dilemmes des juifs.

Nul ne pense qu’il est facile d’être de gauche au Royaume-Uni, quand Jeremy Corbyn, ayant rendu le Labour aux masses, grasseye le plus stupide des tiers-mondismes et, croyant aimer la Palestine, autorise le malheur des vieux juifs du travaillisme.

Nul ne pense qu’il est pimpant de se vouloir insoumis, quand le populaire François Ruffin fait résonner des thèmes étranges et ne veut pas comprendre qu’Étienne Chouard, complotiste et un temps soralien, n’est plus de son monde. Mais s’il l’était? Et de cette question, je suis, comme d’autres, et en dépit de moi, contaminé.

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Epoques où il n’y avait AUCUN Français Gilets Jaunes, Aucun Européen en Gilets Jaunes :

Expulsion des juifs d'Europe

Que vous soyez PRO ou ANTI, vous êtes forcèment Antisémites puisque LA REGLE est déjà fixée par eux.

Lettre Ouverte à l’exilé inapte au Bonheur par Kamel Daoud

Je te rencontre souvent en Occident. Lors d’une séance de signature dans une librairie, lors d’une conférence dans une université ou lors d’une rencontre publique. Tu n’es jamais assis aux premiers rangs, mais souvent au milieu, ou à la dernière rangée : expression de ce corps que tu veux suspendre entre deux mondes, vivre en occident, et revivre ton pays d’origine. Confession de ce choix qui n’a jamais été fait par toi : vivre pleinement, entièrement dans le pays de l’Arrivée. Alors tu te veux vigilant et invisible, méfiant et inquiet, choisissant la marge mais souffrant de vivre en marge, insatisfait comme si s’intégrer était trahir. Tu te veux en Algérie, en Tunisie, au Maroc, mais aussi à la fois en France en Allemagne, en Italie.

« Je suis déçu par vous » tu m’avais dit en levant la main dans cette librairie ancienne. Cette fois à Toulouse. « Je vous appréciais plus quand j’étais à Oran, durant vos premières années » as-tu résumé ton dépit. En première réaction, parce qu’Algérien comme toi, j’étais tenté d’être cru. Te dire que c’est toi qui as changé de pays et de vie et tu veux que je reste figé dans ta mémoire, à meubler ta nostalgie ou justifier tes rancunes et tes blessures. Mais j’ai préféré te regarder puis te répondre lentement : Tu es en souffrance et tu ne le sais même pas. C’est toi qui es décevant : partir si loin et rester au fond du même puits.

Car tu es souvent sur ma route : algérien, marocain, tunisien, « arabe » générique, étudiant, intellectuel, universitaire, exilé lettré ou alphabétisé. Venu en France mais détestant la France, vivant l’Occident entier comme une sorte de France universelle et refusée. Mal assis entre deux chaises, ou trois. Inquiet et agressif, confondant la ruse et l’intelligence. J’avais envie de te dire que c’est un comble : tu m’accuses de « servir le discours de l’extrême-droite » et tu conclus, peu à peu, que je dois ne plus écrire, me taire sur nos radicaux, les gens qui croient que porter une barbe fait de vous un Allah, ou qui possèdent la vérité, saccagent, assassinent ou veulent faire reculer le pays dans ses cavernes et les femmes vers le statut de la monture animale. Est-ce tout ce que tu as appris de ton exil ? Interdire la parole comme solution à ta faiblesse ? Tu veux à la fois profiter de la liberté dans le pays de ton arrivée et m’interdire à moi de parler de ma réalité dans mon pays ? Toute la démocratie de l’Occident qui t’a accueilli ne te sert qu’à plaider pour la censure en Algérie ? Je dois me taire sur les drames, les échecs de mon pays, juste pour ne pas égratigner ton image narcissique en Occident ? Je ne dois pas dénoncer une femme qui passe ses examens de médecine en burqa en Algérie et qui peut tricher, pendant que toi tu profites des meilleurs médecins et des meilleurs hôpitaux en Europe ? C’est injuste. Tu me reproches de te rappeler les luttes que tu as désertées et tu m’accuses alors d’inventer ces luttes et ces causes. Cela te repose.

En vérité, par ton exil, tu n’as rien tranché. Tu veux vivre des libertés mais les interdire aux autres. Vivre en France ou au Danemark, mais les détester. Manger les récoltes et insulter les racines. Je te rencontre souvent maintenant : aigri, malheureux, agressif, hésitant jusqu’au jugement dernier, inapte au bonheur, paranoïaque presque. C’est cela qui m’a le plus frappé : on vient dans un pays, on veut que sa terre accueille, et on refuse de l’accueillir en soi. Pire encore : tu te plains mais, de retour au pays, c’est à l’aéroport que commence ta grimace moqueuse sur l’état de notre pays. Incapables de faire quelque chose « là-bas » pour rejoindre le monde et incapables de faire quelque chose chez nous pour nous aider. Tu es parti parce que tu n’y crois plus à un salut chez nous et tu restes là-bas en répétant que tu ne crois pas en l’occident. Que veux-tu ?

Violence de ma part ? Non, juste un agacement. Les amateurs de la jérémiade qui en face de moi, sirotent une bière dans le Marais à Paris, consommant l’heure belle à insulter les français, m’agacent. M’incommodent dans le raffinement de leur lâcheté. « Nos plages algériennes sont magnifiques ! » me cria une auditrice à l’institut du monde arabe un jour. « J’y ai nagé il y a trente ans » me précise-t-il sans rire.

Souvent tu m’accuses de « porter atteinte à l’image du pays ». Il ne s’agit alors que de ta nostalgie dégradée en ressentiment. Car ce pays tu l’as quitté. Ce n’est que ton narcissisme qui est blessé par mes écrits ou ceux d’autres, parfois. Car, incapables de construire un partage, tu t’es replié sur ce délire pour en faire un bouclier. Sous une autre forme, tu m’as écrit un jour « critiquez ce pays, mais en arabe, car ainsi les autres ne pourront pas lire ». Une autre fois tu t’es indigné : « que vont penser les Français de nous à partir de ce vous dites ? ». J’en ai conclu que ce pensent les Danois ou les Français est plus important pour toi que l’état de ton pays ou de ton âme. Et c’est moi que tu accuses de néo-colonisation ?

Te revoilà aujourd’hui me reprochant de parler de la burqa, dans mon pays, sous prétexte que c’est un refus d’intégration… en France. Tu confonds alors tes urgences avec les miennes. Tu veux encore que mon silence serve de parade à ton impuissance à défendre tes idées dans un autre pays. Tu n’arrives pas à t’affirmer alors tu m’infirmes. Que c’est injuste ! Tu confonds tes douleurs avec nos catastrophes. Tu nous demandes de nous taire sur notre pays pour ménager tes échecs à toi, ailleurs ! J’avais envie de te dire : luttes pour les libertés dans le pays de ton choix et laisses-nous lutter pour les libertés dans notre pays. Partir est un droit, mais respecter notre réalité à nous est un devoir pour toi.

Je te retrouve souvent. Te voilà un journaliste qui a quitté le pays depuis 25 ans. Cela ne t’empêche jamais de t’hérisser quand on te parle de sortir du post colonial. Tu le vis comme une trahison à ta quotidienneté parisienne, ta rente. On est agréables quand nous gémissons dans le casting de ta pensée mais nous sommes rejetés quand on ne répond pas à ton fantasme victimaire. C’est pourtant le pays où tu peux insulter Macron dans un tweet alors qu’ici, le pays que tu as quitté, tu ne peux même parler d’un wali. Bien sûr c’est ta liberté. Mais respectes la mienne et ne parles pas à ma place sous prétexte d’un droit d’ainesse dans la généalogie des décolonisés. Le gémissement et la pleurnicherie ne sont pas une identité, seulement une lâcheté raffinée.

Et je refuse qu’on m’impose la censure communautaire.

Tu as mille visages et une seule figure.

Là, un autre soir, tu étais avec moi dans le taxi. Juste après une conférence. Tu n’étais pas d’accord avec moi mais, parce que tu es un indécis, né dans l’ombre, tu n’as pas pris la parole en public. Comme beaucoup d’entre nous, tu préfères le « off ». Car tu es conscient que ta vision secrète du monde ne correspond pas à ce que tu exposes aux Occidentaux. Alors tu parles avec « Eux » une langue en public, et à moi, au nom de l’intimité indigène, tu uses d’une autre. Tu craches sur le pays où tu es universitaire, tu sublimes la Tunisie que tu as quittée en courant et tu m’accuses d’entretenir le racisme alors que tu as le culte de la race, la tienne. Un comble. Tu m’as expliqué, doctement, avec cette suffisance de gens qui possèdent la Vérité et qui pratiquent la dissimulation confessionnelle, que la France ne te donne pas à toi la parole dans les médias. De quoi pleurer.

Je t’ai ri au nez car s’il y a un pays où on ne vous donne pas le droit à la parole, c’est le pays que tu as quitté, pas celui où tu es. Je t’ai dit « vous attendez qu’on vous coure après pour cueillir votre avis ? Vous croyez que le monde est un conte ? Il n’est ni juste ni injuste le monde : il dépend de vos actes pas de votre fantasme infantile de la justice. Vous croyez qu’on est venu me chercher dans mon village pour me donner le droit d’être chroniqueur en Algérie et d’être libre de parole dans le reste du monde ? C’est une faveur ? ». De quoi rire longtemps de ta vision comique de la Justice. La parole libre cela se conquiert, on ne l’attend pas dans une gare. La France est injuste ? Elle l’est moins que le pays que tu as laissé derrière ton dos. « Vous croyez que c’est pays parfait la France, non il ne l’est pas » tu m’as rétorqué. Risible argument encore une fois « ce pays n’est pas parfait ? Que faites-vous pour y participer au bonheur, le vôtre et celui des autres ? Gémir ? Mentir ? Avez-vous souffert plus que la communauté noire aux États-Unis ? Non. Cette communauté travaille, essaye de sortir de son ghetto et de l’horrible injustice qui lui a été faite, et ne passe pas son temps à cultiver la jérémiade. Aidez le pays qui vous accueil ».

Je me souviens de cet écrivain haïtien rencontré au sud de la France. Après un festival, on a pris la même voiture pour rejoindre l’aéroport de Marseille. Sur la route, l’écrivain m’expliqua que je ne devais pas parler ainsi « même si tu as raison » car les français récupèrent ma parole. J’étais scandalisé : voilà un homme qui se fait inviter par ce pays, accueillir, s’offrir la parole et l’estrade, le sel et le pain, qui leur sert un discours policé insincère, tout en cultivant la rancune en « off ». Insupportable. J’ai du respect pour le révolté franc et ouvert, pas pour cette caste.

Je te rencontre souvent et c’est le même visage : un peu ricanant, souriant jaune, calme mais faussement, jouant le jeu de la « civilisation » mais impossible à convaincre, incapable de rire, d’exploser de joie, profiter d’un autre passeport. Non. Juste une douleur qui est sincère et justifiée mais toujours convertie en aigreur et pas en raison de conquête. Une sorte d’alpinisme de l’Himalaya du refus et du déni. Pourquoi avoir quitté son pays pour en refuser un autre ? Pourquoi ne pas rentrer ? Pourquoi tu votes islamiste en Tunisie, en Algérie, au Maroc, alors que tu vis en Europe et nous imposes ton fantasme de califat identitaire ? Des gens prennent les chaloupes de la mort pour traverser la méditerranée pour jouir de ce que tu as déjà.

C’est à Lausanne, dans le Théâtre de Vidy que j’ai rencontré le visage le plus heureux : un exilé algérien partageur de joies et de rires. Il m’impressionna. Technicien, il est arrivé dans ce pays et il a accueilli ce pays en lui ; il était heureux, fier de sa chance, conscient. Il me parla du bonheur et aussi du malheur de certains des nôtres qui, même vingt ans après leur arrivée, refusent le pays, veulent jouir de son confort mais rejettent sa culture, transportent dans leur têtes les cafés gris, les tristesses en ombrelle et les rancunes inguérissables. Un pied en Europe, un autre ailleurs. Ni vivants, ni morts ni aimant la vie. Je t’ai aimé exilé heureux ! Contrairement à d’autres. Écrivain installé en France et passe son temps à cracher sur le pays qui a publié ses livres et où il scolarise ses enfants et achète ses biens, un journaliste qui ne tolère pas la contradiction quant à sa vocation de décolonisateur imaginaire, un iranien réfugié à Londres mais qui fait la leçon aux résistances à l’islamisme en Algérie…etc.

Ce que je te demande ? Il ne faut pas confondre la bataille pour égorger un mouton dans une baignoire à Paris et notre combat pour ne pas nous faire égorger dans notre pays.

Voilà, je voulais te le dire. Par amitié. Aimes tes racines et profites des récoltes mais ne viens pas nous faire la leçon sur l’islam, la burqa, la liberté, l’identité et l’histoire. Et quand tu reviens chez nous, racontes-nous tes histoires de réussite, pas tes histoires d’échecs. Nous avons suffisamment de champs amers chez nous.

Coupe avec ton inaptitude au bonheur. Dépasse ton exil et arrête de promener tes déceptions pour obtenir des excuses.

Paru dans LE QUOTIDIEN D’ORAN le Jeudi 13 Décembre 2018